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Champlain vu par les Nord-Américains

Chacun attache au nom de Samuel de Champlain une signification personnelle. Les facettes et activités variées du personnage ont inspiré nombre de réflexions et d’écrits sur sa vie et son œuvre. Ces différents points de vue affinent notre compréhension de Champlain et de son rôle dans l’histoire de l’Ontario et, plus largement, de l’Amérique du Nord. Ils nourrissent également notre compréhension du sens de l’identité canadienne et de la façon dont celle-ci s’est construite et a été perçue au fil du temps.

Un grand nombre de personnes ont, à divers titres, rendu hommage à la vie de Samuel de Champlain.
 

Champlain explorateur

Champlain a recours à son astrolabe sur l’Outaouais, 1613 (C.W. Jefferys, Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-073632)
Champlain a recours à son astrolabe sur l’Outaouais, 1613 (C.W. Jefferys, Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-073632)
L’historien Samuel Eliot Morison décrit Champlain comme « […] l’un des plus grands pionniers, explorateurs et colonisateurs de tous les temps » [Traduction libre]. — Samuel de Champlain: Father of New France, 1972

Champlain découvre la baie Georgienne [traduction libre], C.W. Jefferys, 1925 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds des Archives nationales du Canada/C-000126)
Champlain découvre la baie Georgienne [traduction libre], C.W. Jefferys, 1925 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds des Archives nationales du Canada/C-000126)
« Après avoir passé cet hiver en Huronie, Champlain a pu apporter la plus importante contribution depuis Cartier au développement des connaissances sur l’intérieur du continent. » [Traduction libre] — Marcel Trudel, The Beginnings of New France, 1524–1663, 1973

Champlain cartographe

« Les cartes de Samuel de Champlain marquent les débuts de la cartographie détaillée de la côte atlantique de l’Amérique du Nord, au nord du détroit de Nantucket, de la vallée du Saint-Laurent et, dans une moindre mesure, de la région située jusqu’aux Grands Lacs de l’Est. » [Traduction libre] — Conrad E. Heidenreich et Edward H. Dahl, « Samuel de Champlain’s Cartography, 1603–32 », 2004

Carte de la Nouvelle-France par Samuel de Champlain, première publication en 1632, carte extraite de Voyages de la Nouvelle-France, 1640 (Bibliothèque de référence de Toronto)
Carte de la Nouvelle-France par Samuel de Champlain, première publication en 1632, carte extraite de Voyages de la Nouvelle-France, 1640 (Bibliothèque de référence de Toronto)
« Aujourd’hui plus connu du grand public pour avoir établi de façon permanente la présence française en Amérique du Nord, Champlain est tenu en haute estime par les passionnés d’histoire de la cartographie pour la qualité exceptionnelle de ses cartes et de ses plans. » [Traduction libre] — Conrad E. Heidenreich et Edward H. Dahl, « Samuel de Champlain’s Cartography, 1603–32 », 2004

Champlain fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France

Champlain supervisant la construction de sa résidence, Québec, 1608 (C.W. Jefferys, Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-073716)
Champlain supervisant la construction de sa résidence, Québec, 1608 (C.W. Jefferys, Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-073716)
« Au début du XVIIe siècle, les Français étaient revenus dans la vallée du Saint-Laurent avec l’espoir renouvelé d’y fonder un comptoir de commerce. Leur réussite tient en grande partie à l’obstination et à l’esprit aventureux d’un homme : Samuel de Champlain. » [Traduction libre] — W. J. Eccles, The Canadian Frontier, 1534–1760, 1969

Statue de Champlain, Terrasse Dufferin, Québec [Octobre], photographies numérotées C 7-3 John Boyd, code de créateur 20899 (Archives publiques de l’Ontario)
Statue de Champlain, Terrasse Dufferin, Québec [Octobre], photographies numérotées C 7-3 John Boyd, code de créateur 20899 (Archives publiques de l’Ontario)


Champlain navigateur et militaire

L’arrivée de Champlain à Québec en 1608, George Agnew Reid, 1909 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds George Agnew Reid/C-011015)
L’arrivée de Champlain à Québec en 1608, George Agnew Reid, 1909 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds George Agnew Reid/C-011015)
« Navigateur et militaire, écrivain et homme d’action, artiste et explorateur, meneur d’hommes et administrateur, Samuel de Champlain figure parmi les colonisateurs les plus éclectiques de l’Amérique du Nord. » [Traduction libre] — Samuel Eliot Morison, Samuel de Champlain: Father of New France, 1972

Croquis montrant Champlain en pleine bataille (Bibliothèque et Archives Canada/Les voyages du sieur de Champlain, Xaintongeois […] façon […], p. 232/AMICUS 4700723/nlc-000855)
Croquis montrant Champlain en pleine bataille (Bibliothèque et Archives Canada/Les voyages du sieur de Champlain, Xaintongeois […] façon […], p. 232/AMICUS 4700723/nlc-000855)


Champlain diplomate

Champlain qui échange avec les Indiens, C.W. Jefferys, 1911 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-103059)
Champlain qui échange avec les Indiens, C.W. Jefferys, 1911 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds Charles William Jefferys/C-103059)
« Champlain a compris que, pour être accepté et être emmené en excursion de reconnaissance, il fallait bâtir d’étroites relations personnelles avec les dirigeants autochtones et gagner leur confiance. » [Traduction libre] — Conrad Heidenreich, « The Beginnings of French Exploration out of the St. Lawrence Valley: Motives, Methods, and Changing Attitudes towards Native People », 2001

Champlain en canot indien, John Henry de Rinzy, vers 1897-1930 (Bibliothèque et Archives Canada/Collection John Henry de Rinzy/C-013320)
Champlain en canot indien, John Henry de Rinzy, vers 1897-1930 (Bibliothèque et Archives Canada/Collection John Henry de Rinzy/C-013320)
« Il fut le premier Européen à comprendre que, pour pouvoir explorer le Canada et y vivre, il était nécessaire de mettre en place des adaptations associées à la présence des Autochtones et à l’environnement physique. La méthode destinée à contourner les obstacles physiques à l’exploration devait être acceptée par les populations autochtones, dont on recherchait l’appui. » [Traduction libre] — Conrad Heidenreich, « The Beginnings of French Exploration out of the St. Lawrence Valley: Motives, Methods, and Changing Attitudes towards Native People », 2001

Champlain meneur d’hommes

Champlain écrit ses Mémoires dans l’auberge de la Grande Ourse alors que ses hommes dorment les pieds dirigés vers le feu [traduction libre], George A. Reid (Collection d’œuvres d’art du gouvernement de l’Ontario, Archives publiques de l’Ontario, numéro d’acquisition 632967)
Champlain écrit ses Mémoires dans l’auberge de la Grande Ourse alors que ses hommes dorment les pieds dirigés vers le feu [traduction libre], George A. Reid (Collection d’œuvres d’art du gouvernement de l’Ontario, Archives publiques de l’Ontario, numéro d’acquisition 632967)
« L’œuvre la plus marquante de Champlain ne tient ni à sa carrière d’explorateur, ni à sa réussite en tant que colonisateur. Sa plus grande contribution est liée à sa réussite en tant que meneur d’hommes et partisan de la cause de l’humanité. C’est ce qui a fait de lui une figure mondiale de l’histoire moderne. C’est cela qu’il nous a légué en héritage. » [Traduction libre] — David Hackett Fischer, Champlain’s Dream, 2008

Multiplicité des points de vue : remise en cause de Samuel de Champlain

En tant que personnage historique, Samuel de Champlain a suscité un vaste débat. Alors que ses nombreuses facettes et réalisations ont reçu un hommage appuyé, nombre de personnes ont, à plus d’un titre, remis en cause ses motivations et ses actions.
 

Remise en cause de l’exploration et de la colonisation de la Nouvelle-France par Champlain

Champlain explore une grande partie des régions que l’on nomme aujourd’hui Québec et Ontario; toutefois, il est important de rappeler que les terres qu’il arpente ne sont ni inoccupées ni disponibles, mais peuplées de nombreuses nations autochtones qui vivaient de chasse et de cueillette, et se livraient des guerres de territoire bien avant que Champlain ou tout autre explorateur européen n’ait posé le pied sur le sol de l’actuelle Amérique du Nord.

Champlain entreprenant la découverte du pays intérieur [traduction libre], Canada/American Bank Note Company, avant le 16 juillet 1908 (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds de l’American Bank Note Company/e008439146)
« La confrontation avec le passé implique de s’approprier l’ensemble de notre histoire, plutôt que de perpétuer le mythe des colons blancs fondant une civilisation dans des contrées inexplorées. » [Traduction libre] — Joyce A. Green, « Towards a Détente with History: Confronting Canada’s Colonial Legacy », 1995

« Ils sont les premières nations, les pères fondateurs, parce que leurs ancêtres vivaient sur l’île Turtle, selon leurs lois et institutions, bien avant que les Celtes ne déferlent sur la Grande-Bretagne et que les Gaulois n’envahissent l’actuelle France. Ils disposaient d’un gouvernement municipal, d’accords internationaux, de structures communautaires complexes et d’un système judiciaire bien en place lorsque les hommes de Champlain peinaient sur la rivière Sainte-Croix. » [Traduction libre] — Assemblée des Premières Nations, To the Source: The First Nations Circle on the Constitution, 1992

En bref : Le First Nations Circle on the Constitution a apporté une contribution importante aux délibérations et aux négociations de fond qui ont porté sur la réforme constitutionnelle canadienne. Ce débat a donné lieu à un ensemble de propositions d’amendements de la constitution du Canada, qu’il est convenu d’appeler l’Accord de Charlottetown, mis à mal par un référendum organisé en 1992.

Remise en cause des relations de Champlain avec les Autochtones canadiens

Certaines images et certains écrits tendent à indiquer que les relations entretenues par Champlain avec ses alliés autochtones étaient positives et réciproques. D’autres sources semblent toutefois suggérer qu’il n’a jamais tenté de comprendre pleinement les populations autochtones qu’il a rencontrées et que ses actions, loin d’être motivées par un sentiment de bonne volonté, étaient plutôt dictées par l’ambition de son pays d’acquérir des terres, de s’arroger des monopoles de territoires et de ressources, et d’évangéliser les populations autochtones.

L’Ordre de Bon Temps, 1606, C.W. Jefferys (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds des Archives nationales du Canada/e002414812)
L’Ordre de Bon Temps, 1606, C.W. Jefferys (Bibliothèque et Archives Canada/Fonds des Archives nationales du Canada/e002414812)
« Il est manifeste que, même dans ces premiers temps, Champlain était, par son tempérament, incapable de comprendre les Amérindiens. Homme relativement irréfléchi et égocentrique, il jugeait autrui à l’aune des idées reçues héritées de sa propre culture, qu’il appliquait machinalement. » [Traduction libre] — Bruce Trigger, « Champlain Judged by His Indian Policy: A Different View of Early Canadian History », 1971

« Les Français considéraient que les Autochtones deviendraient les sujets de leur roi et les fidèles du Christ. Par conséquent, le fondement même des relations établies entre les Français et les Autochtones reposait sur un sérieux malentendu. » [Traduction libre] — Denys Delâge, « Uneasy Allies », 2008

Remise en cause du statut de Champlain en tant que grand personnage historique

La vie et l’œuvre de Samuel de Champlain, à l’instar de celles de tout personnage historique important, ont fait l’objet d’hommages et de critiques. Alors que d’aucuns élèvent Champlain au rang de héros, d’autres le fustigent, qui pour remettre en cause ses motivations, qui pour alléguer que ses réalisations ont été exagérées dans le dessein de renforcer l’identité nationale canadienne.

Statue of Samuel de Champlain, Sigmund Samuel Building, 94 Queen’s Park Crescent, Toronto, Ontario Department of Travel and Publicity, RG 17-43, [between 1951 and 1964] (Archives of Ontario)
Statue de Samuel de Champlain, Sigmund Samuel Building, 94 Queen’s Park Crescent, Toronto (Ontario), Ministère du Tourisme et de la Publicité, RG 17-43, [entre 1951 et 1964] (Archives publiques de l’Ontario)
« Dans le vaste panthéon des premiers explorateurs, rares sont ceux que j’inviterais à dîner. Cartier et Champlain sont incontestablement des personnages historiques admirables, mais tous deux étaient des cœurs d’airain : le premier était un kidnappeur; le second, un assassin. Dans les deux cas, les victimes étaient des Amérindiens ne se doutant de rien. » [Traduction libre] — Pierre Berton, My Country: The Remarkable Past, 1976

« Champlain? Pas très stimulant, le fondateur. Sa femme paraissait de loin beaucoup plus “le fun”. Ce gars toujours mal pris avec son chantier de l’Abitation que les Anglais ne cessaient de prendre et de reperdre […] Ô Histoire! Toi sans qui les choses ne savent plus ni d’où elles viennent ni où elles nous mènent. » — René Lévesque (ex-premier ministre du Québec), Attendez que je me rappelle, 1986

Monument to Champlain – Quebec, John Boyd photograph albums, C 7-2-0-7-91, 1930 (Archives of Ontario)
Monument à Champlain, Québec, Albums de photographies de John Boyd, C 7-2-0-7-91, 1930 (Archives publiques de l’Ontario)
Ces points de vue contradictoires façonnent et favorisent notre compréhension de Samuel de Champlain, personnage historique de l’Ontario, du Québec et du Canada. Même s’ils ne permettent pas de parvenir à un consensus sur sa vie et son œuvre, ils nourrissent la réflexion et le débat, incitent à la lecture, à la recherche et à l’écriture, et perpétuent ainsi l’héritage de Champlain au XXIe siècle.

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