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Septembre 2016 - L’île Amherst, joyau discret du patrimoine culturel

Par Andrea Cross

L’île Amherst est située à l’ouest de Kingston, le long de la rive nord-est du lac Ontario. Longue de 20 km (12 miles) depuis la pointe Bluff, au sud-ouest, jusqu’au haut-fond se trouvant au nord-est, elle compte 7 km (4 miles) en son point le plus large. Les eaux du lac Ontario passent devant l’île Amherst avant de s’engager dans l’entonnoir qui devient le fleuve Saint-Laurent et les Mille-Îles.

L’île est parfaitement située, à peu de distance de Toronto, d’Ottawa et de Montréal. Il n’est toutefois possible de s’y rendre que par traversier, ce qui contribue à préserver son paysage patrimonial culturel et naturel, et lui permet de demeurer un joyau bien discrètement caché. Aujourd’hui, lorsqu’ils débarquent après une traversée d’une quinzaine de minutes, les gens sont immédiatement frappés de plein fouet par le sentiment que le temps s’est arrêté.

Il y a environ 200 propriétaires fonciers sur l’île, y compris de « vieux insulaires » de la septième génération dont la famille a immigré ici depuis ce qui est maintenant connu sous le nom de district d’Ards, comté de Down, en Irlande du Nord. De nombreux caractères du paysage de l’île reflètent les origines de son peuplement, comme les routes, les fermes et la façon dont les lots de ferme sont disposés, les villages ainsi que les murs de pierres sèches, des biens culturels qui pour la plupart n’ont pas changé en plus de 150 ans.

Le paysage patrimonial culturel de l’île Amherst inclut les arbres qui font office de clôtures et le bois des Hiboux (Owl Woods), un site ornithologique de renommée mondiale où huit espèces de strigidés peuvent être observées en une seule journée d’hiver. Le développement n’a pas beaucoup modifié le panorama de l’intérieur de l’île, puisque la très grande majorité des nouvelles maisons ont été construites sur les rives.

Nicholas Holman, architecte et ancien habitant de l’île Amherst, a fait observer que « les deux chemins des rives suivent en général le rivage et permettent parfois de voir sans obstacle le dernier des Grands Lacs d’un côté, mais s’ouvrent souvent sur un ensemble diversifié de champs, de granges, de maisons, de jardins et, de temps à autre, de vieilles autos nichées entre la route et l’eau. Et du côté intérieur de ces routes, il y a de plus grands champs, souvent encadrés par des clôtures grillagées suspendues à des poteaux de cèdre de l’Est, puis du bétail, des cultures, des champs en jachère, des prés, des étangs et des granges au delà. Et partout, des maisons patrimoniales construites par les ancêtres de ceux qui vivent encore, ou la porte à côté, ou au bout de la route, mais en règle générale encore sur cette île. Ces maisons et ces fermes soulignent un aspect souvent passé sous silence du patrimoine culturel immatériel qui est l’essence même d’une collectivité : l’importance de ceux qui ont créé et qui, depuis des siècles, vivent à la fois (en tant qu’agriculteurs) sur et de ces terres spéciales d’un intérêt communautaire rare ».

Les bâtiments historiques de l’île et le patrimoine culturel sous la forme de murs de pierres sèches comptent parmi les vestiges les plus concrets de l’établissement des premiers Irlandais et Écossais. Depuis les vieilles maisons et les vieux bâtiments pittoresques du village de Stella jusqu’aux fermes et aux dépendances solitaires et aux murs et clôtures de pierres sèches le long de routes historiques, ces ressources font pour nous le lien avec le riche passé de l’île Amherst et nous procurent un sentiment de continuité dans un monde qui change à toute allure. Les murs de pierres sèches en particulier, une forme unique créée en ce lieu grâce à un savoir-faire unique à l’aide de matériaux uniques eux aussi, ont une valeur patrimoniale sur le plan culturel.

« L’île Amherst, lieu historique canadien de la maçonnerie en pierres sèches situé près de Kingston, en Ontario, recèle une des plus fortes concentrations de vieux murs de pierres sèches où que ce soit au Canada. La récente visite [que] John Shaw Rimmington et moi y avons effectuée nous a comblés, non seulement en raison de la qualité des murs que nous avons vus, mais aussi parce que les habitants traitent ces murs rustiques avec énormément de soin et de respect », a écrit Matthew Ring, représentant de Dry Stone Walling Across Canada, il y a une décennie.

En 2004, le Amherst Island Women’s Institute a embauché un maçon du voisinage, Bill Hedges, pour qu’il enseigne les bases de la maçonnerie en pierres sèches à ses membres afin qu’elles puissent réparer deux murs importants : celui du cimetière Pentland et celui de la ferme Hitchins. Ces projets ont été réalisés sur cinq ans, avec l’aide de nombreux bénévoles.

La migration des Irlandais a beaucoup contribué à amener à l’île Amherst des gens qui possédaient le patrimoine, les connaissances et les compétences nécessaires pour construire ces murs. Le substrat rocheux était relativement peu profond et les agriculteurs enlevaient constamment des pierres lorsqu’ils labouraient le sol. Les premiers colons ont fait ce qu’ils savaient faire le mieux avec cette profusion de pierres : ils ont bâti de magnifiques murs.

Le député Marc Garneau s’est rendu à l’île Amherst avec sa famille pendant des années; dans une lettre appuyant la désignation patrimoniale des murs de pierres sèches de l’île en 2012, il dit ceci : « … je recommande que tous les efforts soient faits pour préserver ces clôtures et pour protéger le patrimoine culturel de l’île Amherst pour toutes les Canadiennes et tous les Canadiens d’aujourd’hui et de demain. »

Le canton Loyalist a désigné par règlement municipal, aux termes de l’article 29 de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, 13 murs de pierres sèches qui présentent une valeur sur le plan du patrimoine culturel, et des renseignements seront recueillis sur un certain nombre d’autres. Ces murs ont été mis à l’honneur l’an dernier au cours du festival international irlando-canadien de la maçonnerie en pierres sèches. Des personnalités, dont le ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport de l’Ontario, l’ambassadeur d’Irlande au Canada et l’auteure Jane Urquhart, étaient présentes. Plus d’une quarantaine de maçons professionnels d’Irlande, d’Écosse, du Royaume-Uni, du Canada et des États-Unis étaient également présents. Même Rick Mercer et son équipe de CBC ont passé une journée au festival! L’événement a été si important qu’une députée a commenté son expérience à l’Assemblée législative de l’Ontario. La Fiducie du patrimoine ontarien a de plus remis le Prix du lieutenant-gouverneur pour l’excellence en conservation de 2015 à Dry Stone Canada.

En juin 2016, un couple venant d’Irlande du Nord en visite dans la région de Kingston a demandé au gérant de son hôtel ce qu’il devrait voir pendant les deux jours qu’allait durer son séjour. « Fort Henry et les murs de pierres sèches de l’île Amherst », a répondu le gérant.

L’importance du paysage patrimonial de l’île Amherst sur le plan culturel est maintenant reconnue. Des Canadiens et des gens de partout ailleurs viennent voir par eux-mêmes ce qui fait de cette île un tel trésor.


Andrea Cross travaille depuis plus de 20 ans dans le secteur des expositions, du patrimoine et des attractions culturelles. Elle est en ce moment membre du Comité patrimonial du canton Loyalist et du Comité de développement économique du comté de Lennox et Addington, ainsi qu’administratrice de Dry Stone Canada.