Jean-Luc Pilon (conservateur, Archéologie centrale, au Musée canadien de l’histoire d’Ottawa) - Ontario Heritage Trust

Jean-Luc Pilon (conservateur, Archéologie centrale, au Musée canadien de l’histoire d’Ottawa), Ottawa

Le don du voyage dans le temps

À l’été 1982, je menais des recherches archéologiques près des côtes de la baie d’Hudson, le long de la rivière Severn. L’un des sites sur lequel nous faisions des recherches avait été utilisé à diverses reprises. D’après les premiers éléments de preuve, des gens avaient campé sur le site Ouabouche avant que les Européens n’arrivent dans leur pays, à une époque où nombre d’outils étaient fabriqués d’éclats de pierre. Le séjour le plus récent ne remontait pas à une époque lointaine, mais au début du XXe siècle, alors que toutes sortes de biens euro-canadiens faisaient partie de la vie quotidienne des gens.

Parmi ces choses, mentionnons le poêle en taule qu’on utilisait à l’intérieur des tentes de toile. Pour éviter que le fond du poêle soit endommagé par la chaleur, on ajoutait à l’intérieur une couche de sable et, quand les gens quittaient le camp, ils laissaient derrière eux un petit monticule de sable. Nous avons trouvé les restes aplatis d’un monticule comme celui-là et y avons trouvé des morceaux d’argile durcis par l’exposition au feu. Ces morceaux semblaient sans forme. Plus tard, de retour à l’université, j’ai trouvé des morceaux qui pouvaient être remis en état et j’ai remarqué de petites dépressions à la surface d’un morceau allongé d’argile durcie. En plaçant soigneusement le bout de mes doigts à ces endroits, j’ai constaté qu’une petite main avait façonné le morceau et l’avait cuit dans un poêle. Une jeune personne avait joué avec ce morceau d’argile, copiant peut-être les gestes de sa mère qui préparait la banique pour la famille. Pendant ce court moment où ma main était placée exactement comme celle de l’enfant, j’ai reculé dans le temps, entendant le crépitement du poêle, ressentant sa chaleur et respirant l’arôme délicieux de la banique qui remplissait la tente. C’est le cadeau des voyages dans le temps qu’offre l’archéologie.

Photos gracieusement fournies par Jean-Luc Pilon.