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Paroisse Sacré-Cœur
Le 30 janvier 2009, la Fiducie du patrimoine ontarien et l’Église catholique du Sacré-Cœur ont dévoilé une plaque provinciale à l’église du Sacré-Cœur de Toronto (Ontario), en hommage à la paroisse Sacré-Cœur.
Voici le texte de la plaque bilingue :
PAROISSE SACRÉ-CŒUR
- L’année 1887 marque la création de la paroisse Sacré-Cœur, première paroisse catholique romaine à servir la communauté canadienne-française de Toronto. Le père Philippe Lamarche, prêtre de Montréal, fonde l’église et y exerce son ministère jusqu’à sa mort en 1924. La première église de la paroisse, sise rue King, près de la rue Sackville, est achetée en 1888 à une congrégation presbytérienne. Les francophones prient depuis lors dans leur langue à l’église Sacré-Cœur. Le bâtiment a été conçu et construit comme lieu de culte en 1937. Il a été agrandi en 1951 pour pouvoir accueillir davantage de fidèles. L’église Sacré-Cœur sert à la fois de centre spirituel et de centre culturel pour bon nombre de paroissiens francophones, lesquels ont émigré à Toronto en provenance du Québec, des Maritimes, du Nord de l’Ontario, d’Europe et, ces dernières années, d’Afrique.
SACRÉ-CŒUR PARISH
- In 1887, Sacré-Cœur Parish was founded as the first Roman Catholic parish to serve the French-Canadian community in Toronto. Father Philippe Lamarche came from Montreal to found the church and served as priest until his death in 1924. The Parish's first church building, located on King Street near Sackville Street, was purchased from a Presbyterian congregation in 1888. Since that time, francophones have been able to worship in their own language at Sacré-Cœur Church. This building was designed and constructed for worship and was blessed in 1937. In 1951 the structure was enlarged to accommodate a growing congregation. Sacré-Cœur has served both as a spiritual and cultural centre for many of its French-speaking parishioners who emigrated from Quebec, the Maritimes, northern Ontario, Europe, and more recently from Africa.
Historique
La création de la paroisse Sacré-Cœur
L’établissement de la communauté canadienne-française à Toronto remonte à la seconde moitié du 19e siècle. De nombreuses personnes y affluèrent, attirées par le vivier d’emplois manufacturiers de cette ville en plein essor économique. Pour assister à l’office religieux, les premiers francophones de Toronto durent se tourner vers les paroisses de langue anglaise, comme celle de St. Patrick’s, dans la rue McCaul, ou celle de St. Basil’s, située non loin des rues Bay et Bloor. Certes, des prêtres canadiens-français y étaient à l’occasion invités à célébrer l’office, mais les paroissiens canadiens-français de la ville, et d’autres régions d’Amérique du Nord, se satisfaisaient peu de cet arrangement en raison de la barrière de la langue, et des nombreuses différences liturgiques entre leurs pratiques et celles de l’Église catholique romaine anglaise.1
La population francophone de Toronto connut une croissance rapide et passa de 467 habitants en 1851 à 1 230 habitants en 1881.2 Au printemps 1887, un groupe de Canadiens français demanda à l’archevêque catholique John Joseph Lynch d’établir une paroisse française à Toronto. Le père Philippe Lamarche de Montréal fut donc missionné pour fonder la paroisse Sacré-Cœur, la première paroisse érigée pour l’exercice du culte d’un groupe ethnoculturel spécifique, non pas en anglais, mais dans la propre langue de ce groupe.3 Arrivé le 24 juin 1887, il célébra sa première messe en la chapelle St. Vincent de la cathédrale St. Michael’s, qui accueillait déjà les services religieux de la communauté francophone et servit encore à cette fin pendant les quinze premiers mois d’activité de la paroisse. La paroisse Sacré-Cœur comptait à ses débuts 130 familles parmi ses membres, dont la plupart étaient originaires du Québec, et d’autres, d’Acadie ou d’Europe.4
Au cours des premières décennies, la population de la paroisse se composait pour l’essentiel de fidèles en provenance de paroisses rurales du Québec — des comtés de Charlevoix et Portneuf, ou du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie — et de l’Ontario. Bien souvent, le père ou le fils aîné arrivaient avant le reste de la famille pour trouver un emploi et un endroit où loger. Bon nombre de ces hommes vivaient dans le quartier délimité par les rues Yonge, King, River et Gerrard.5 Ces travailleurs non qualifiés, payés au salaire minimum, peinaient à trouver un hébergement pour leur famille nombreuse et à s’adapter à un environnement de travail et de vie dans une langue qui leur était étrangère.
La paroisse était organisée de la même manière que celles des régions rurales du Québec. Le prêtre y jouait un rôle central et se chargeait des activités sociales et religieuses.6 Le père Lamarche, qui s’acquitta parfaitement de cette double tâche, était très apprécié de ses ouailles. Celles-ci conservèrent longtemps le souvenir d’un homme bon qui, vêtu de sa soutane, se rendait à ses réunions et visites non pas au volant de l’automobile dont la paroisse lui avait fait cadeau, mais à califourchon sur son bon vieux vélo.7
La première église de Sacré-Cœur fut installée dans un bâtiment qui accueillait autrefois une église presbytérienne, au 436 de la rue King Est, entre la rue Sackville et la rivière Don.8 Consacrée au culte catholique romain le 7 octobre 1888, cette église hébergea la même année les premières classes de l’École Sacré-Cœur, qui se tenaient dans le sous-sol du bâtiment. Les premiers temps, et jusqu’en septembre 1891, l’enseignement fut assuré par le père Lamarche lui-même. Mais pour faire face à l’augmentation constante du nombre d’élèves, les missions d’enseignement furent ensuite confiées à deux sœurs de Saint-Joseph.9 En 1896, les paroissiens, organisés par groupes, s’attelèrent à la construction d’une école, à laquelle un presbytère vint s’ajouter en 1900.10
Dès sa création, la paroisse Sacré-Cœur servit d’institution religieuse, mais fut également un centre social et culturel pour la communauté francophone. Souvent, les activités sociales et spirituelles se chevauchaient. La contribution de la Gendron Manufacturing Company, qui employait de nombreux paroissiens, en est un exemple. L’usine d’Alfred Gendron, spécialisée dans la fabrication de landaus, se mit peu à peu à produire des lits, des luges, des échelles, des chaises d’extérieur et des fauteuils roulants.11 On disait de l’homme qu’il ne refusait jamais d’embaucher quelqu’un, et que c’est grâce à sa générosité que la paroisse fut en mesure d’acquérir sa première église.12
En 1912, en présence de quelque 250 invités, une réception fut donnée au restaurant Orr Brothers en l’honneur du père Lamarche pour coïncider avec les 25 ans de la création de la paroisse Sacré-Cœur.13
La paroisse prend de l’ampleur
La paroisse Sacré-Cœur continua de s’agrandir et de prospérer, mais en 1916, la santé du père Lamarche commença à se détériorer. À l’occasion d’une visite du père Toussaint Lussier, il confia à ce dernier son souhait de se faire assister d’un vicaire. Le père Lussier fit l’intermédiaire entre les évêques de Toronto et de Saint-Hyacinthe, au Québec, et contribua à installer à cette charge son neveu, le père Rodrigue Lussier d’Iberville (Québec).14 Le père Lamarche s’éteignit le 21 décembre 1924 et son neveu Édouard Lamarche lui succéda en tant que curé de la paroisse.
Avec l’essor de l’activité industrielle, stimulée par la Première Guerre mondiale, une nouvelle vague de Canadiens français déferla sur Toronto. Une deuxième paroisse francophone, la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc, fut alors créée à l’ouest de la ville, où une église fut érigée à l’angle des rues Dundas et Edna. Mais la récession d’après-guerre poussa de nombreux Canadiens français à quitter la ville pour chercher ailleurs de meilleures conditions de vie. En 1928, la moitié des paroissiens francophones avaient quitté Sainte-Jeanne-d’Arc, laissant place à de nombreux catholiques irlandais, qui s’installèrent dans les quartiers ouest de la ville. La paroisse devint anglophone et son nom fut changé en St. Joan of Arc.15
Dans les années 1930, il fallut aménager de nouvelles installations paroissiales en centre-ville, car la paroisse Sacré-Cœur comptait désormais plus de 500 familles et le bâtiment de l’église existante nécessitait de nombreuses réparations. Un comité fut créé pour faire avaliser la construction d’une nouvelle église et parvint à convaincre l’archevêque que la paroisse avait les moyens financiers de ses ambitions.16 En plein cœur de la Grande Dépression (1929-1939), la paroisse put financer son projet, grâce notamment au patrimoine hérité de son fondateur, le père Philippe Lamarche, et à la contribution d’autres paroissiens aisés.17
L’emplacement initial suggéré pour la nouvelle bâtisse, non loin de l’intersection des rues Sherbourne et Bloor, fut rejeté par le curé, qui jugeait les lieux trop éloignés de ses ouailles les plus démunies.18 La paroisse fit donc l’acquisition d’un terrain à l’angle des rues Sherbourne et Carlton, et l’archevêque James Charles McGuiguan, assisté de deux curés issus de deux familles de la paroisse, les pères Gilles Labelle et Philippe Bouvier, consacra la nouvelle église lors d’une messe célébrée en juin 1937.19 Après l’office, tout comme ils le faisaient devant l’ancienne église, les paroissiens aimaient à s’attarder sur les larges marches aménagées devant cette nouvelle bâtisse pour se retrouver et discuter en langue française — un doux rappel nostalgique de leur vie d’antan, dans leur ville natale.20 Un nouveau presbytère fut également édifié en 1939.
La paroisse entra dans une nouvelle période de développement lorsque les paroissiens se mirent à pratiquer des activités de loisirs. En 1937, le groupe de théâtre Les Amateurs organisa une soirée de théâtre et musique et, en 1938, un récital fut donné par l’organiste française Renée Nizan, qui était accompagnée de deux paroissiens, Lambert Dusseau et le docteur A. Dalcourt.21
Années 1940 et 1950 : un foisonnement d’activités paroissiales
Au début de la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague de francophones afflua à Toronto. Certains étaient attirés par les emplois créés par l’économie de guerre, tandis que d’autres, des soldats détachés, n’étaient que des hôtes de passage. Un groupe de femmes forma un comité auxiliaire pour se rendre au chevet des soldats francophones soignés à l’hôpital militaire de la rue Christie.22 Le père Lamarche encouragea ses paroissiens à inviter les soldats francophones à la messe dominicale et à leur ouvrir les portes de leur foyer.23
Le dimanche soir, après les vêpres, certains membres de la paroisse se réunissaient chez les Labonté, à Rosedale, pour partager des moments de convivialité. Des soirées conjuguant piano, chant et danse étaient organisées par le Club Dollard des Ormeaux, un cercle pour les jeunes qui comptait entre 60 et 100 membres, tous désireux de fréquenter des membres de la communauté francophone. D’autres jeunes prenaient part à des représentations théâtrales, dont certaines étaient assorties de numéros mis en musique, qui étaient jouées devant un public de militaires, parfois dans des régions aussi éloignées que Hamilton.24
Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle vague d’immigrants francophones arriva à Toronto en provenance du Québec, du Nord de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard. En raison du sentiment général en faveur de l’Empire britannique qui régnait dans la ville, ces immigrants éprouvaient un sentiment de gêne à l’idée de s’exprimer dans la langue française en public.25 Ils se tournèrent vers la paroisse Sacré-Cœur pour combler leurs besoins spirituels, mais aussi parce que celle-ci leur offrait la possibilité de participer, dans un cadre francophone, à tout un éventail d’activités récréatives et culturelles qui se diversifia dès les années 1940, puis s’étoffa dans les années 1950.
Les membres de la communauté francophone de Toronto continuèrent à rechercher la compagnie de leurs semblables au travail, à la maison et à l’église. Au cours des années 1950, bon nombre de francophones qui travaillaient sur le chantier de construction de l’autoroute 401 avaient pris leurs quartiers dans une maison de chambres de l’avenue Yorkville qui était gérée par Grace Arsenault-Landry, une paroissienne de Sacré-Cœur. Le père Lamarche avait surnommé l’établissement « La maison du bon Dieu ». Pendant la période de carême, l’église accueillait une adoration perpétuelle, ou vigile, et les hommes francophones qui logeaient à la maison de chambres s’y rendaient ensemble, au milieu de la nuit, pour y prendre leur heure de veillée.26
L’augmentation du nombre de baptêmes pendant les années 1940 et 1950 était le signe du dynamisme de la paroisse. On y célébra jusqu’à 303 baptêmes en 1956, au plus fort du baby-boom de l’après-guerre (qui dura de 1945 jusqu’aux alentours de 1960), alors que 100 baptêmes avaient été conférés en 1945, 254 en 1965 et 94 en 1975.27
Face à l’expansion de la paroisse, l’école demeurait un enjeu prioritaire. En 1940, une école bilingue dotée d’un effectif de cinq enseignants ouvrit ses portes dans la rue Sackville. En 1943, deux sœurs de Notre-Dame arrivèrent de Montréal pour assurer l’instruction des élèves de l’École Sacré-Cœur aux côtés de la mère Sainte-Marie-Félicien, qui dirigea l’établissement pendant huit années. Deux autres sœurs vinrent leur prêter main-forte en 1945, pour faire face à la hausse du nombre d’inscriptions. Certains élèves venaient de régions aussi éloignées qu’Oakville pour assister aux cours.28 Une nouvelle école élémentaire ouvrit ses portes dans la rue Sherbourne en 1948 et une école secondaire bilingue fut installée dans des locaux de la nouvelle école élémentaire de la rue Sackville en 1951. Très vite, les lieux devinrent trop exigus et il fallut louer un établissement dans la rue Jarvis pour accueillir les élèves de l’école secondaire.29
L’église de Sacré-Cœur devint, elle aussi, trop étroite pour accueillir tous les fidèles et en 1951, deux nefs latérales furent adjointes au sanctuaire.30
Les Sœurs de Notre-Dame emménagèrent dans un nouveau couvent à l’angle des rues St. George et Lowther en 1952. L’année qui suivit, elles installèrent un pensionnat pour filles, la Villa Marguerite Bourgeoys (également sise rue St. George), dans une ancienne résidence de la famille Eaton.31
La communauté acadienne continuait de représenter une part importante de la paroisse. Le Club Acadien fut fondé en 1953 et, pour commémorer le bicentenaire de la déportation des Acadiens (1755-1763), un banquet fut organisé dans la salle Crystal Ballroom de l’hôtel King Edward en 1955, en présence de quelque 300 convives.32 La même année, le prêtre de Néguac, un village du Nouveau-Brunswick, se rendit à Toronto pour rencontrer 150 de ses anciens paroissiens, qui étaient désormais membres de la paroisse Sacré-Cœur.33
Des associations, des cercles et des activités avaient été mis en place à l’intention de tous les membres de la paroisse. Parmi les cercles figuraient les Dames de Sainte-Anne, le Cercle familial scolaire, le Cercle Lacordaire et le Cercle Jeanne d’Arc. En 1955, un carnaval sportif fut organisé par le groupe Canadiens français de Toronto aux Jardins du Souvenir de Leaside, auquel furent proposés un repas composé de fèves au lard, une danse, un combat de boxe, des rencontres de hockey et des activités de patinage. Le cercle amical et sportif Club Fleur de Lys fut fondé la même année.34
Le théâtre était une activité populaire et en 1956, un groupe de jeunes acteurs fonda Le Petit Théâtre.35 Les Ceintures Fléchées, une chorale composée de 50 membres, créée en 1954 et dissoute en 1964, enregistra un disque de chants de Noël en 1959.36 La branche torontoise de la Fédération des femmes canadiennes-françaises (FFCF) fut fondée dans la paroisse en 1956. L’un des cercles qui rassemblaient le plus de membres était le Club Sacré-Cœur, avec 300 jeunes. Ces derniers se réunissaient trois fois par semaine pour faire des rencontres, s’adonner à des activités sportives et jouer aux cartes.37 Ils se réunissaient dans une ancienne école de la rue Ontario, au sud de la rue Gerrard.38 L’École Sacré-Cœur vit la création, en 1957, du comité sportif chargé de constituer les équipes de garçons.39 Une caisse de crédit fut créée en 1963 et poursuivit ses activités pendant 17 ans.40 Le Cercle Lamarche constituait la branche locale de l’Association catholique de la jeunesse canadienne (ACJC).41 Des clubs paroissiaux eurent pour invités deux légendes du sport : Maurice Richard en 1957 et Yvon Durelle en 1959.42 De concert avec d’autres groupes francophones, le Cercle familial scolaire se mobilisa dès 1953 pour obtenir l’attribution d’une station de radio, et leurs efforts débouchèrent sur la création de la station CJBC en 1964.
Les bouleversements intervenus depuis les années 1960
Le père Édouard Lamarche s’éteignit en 1962 et la relève fut assurée par le père Alphonse Bélanger, un natif de Lafontaine.43 La communauté francophone de Toronto ne cessa de croître et gagna peu à peu les banlieues de la ville. Ce mouvement donna lieu à l’établissement de l’école secondaire bilingue Monseigneur-de-Charbonnel en 1963, dans le quartier nord, délimité par la rue Yonge et l’avenue Cummer, et à la création de la paroisse Saint-Louis-de-France, à North York, en 1967.44
Au cours des années 1960, la congrégation de Sacré-Cœur perdit une partie de ses membres et vit un changement de sa composition ethnique et sociale. Le nombre de membres issus des classes moyennes et de membres professionnels déclina et, à la fin de la décennie, la paroisse se composait d’une majorité de fidèles issus des classes ouvrières. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette évolution. Les familles avaient quitté la ville pour s’établir en banlieue, où elles purent trouver des écoles françaises pour scolariser leurs enfants.45 La population canadienne-française, notamment les professionnels de la classe moyenne arrivés du Québec après la Révolution tranquille, abandonna peu à peu la pratique religieuse,46 et les Acadiens des Maritimes représentaient environ deux tiers des paroissiens.47
Malgré l’érosion du nombre de fidèles, la paroisse ne perdit rien de son dynamisme et vit la création de nouveaux cercles et activités. Le scoutisme fit son apparition au cours des années 1960. Fondé en 1967, le Théâtre du P’tit Bonheur fut créé à l’initiative d’un groupe paroissial à l’occasion des célébrations du centenaire de la Confédération canadienne et devint par la suite un véritable ensemble professionnel.48 Les années 1970 virent émerger des organismes consacrés aux personnes âgées et la création des Soirées acadiennes à Harbourfront.49 La paroisse parraina la réinstallation d’une famille vietnamienne dans les années 1980.50 En 1981, elle comptait 137 familles parmi ses membres et la messe y attirait chaque dimanche entre 500 et 600 fidèles.51
L’évolution du statut de la langue française en Ontario eut également une incidence sur la transformation progressive de la paroisse Sacré-Cœur. De nouvelles institutions, souvent parrainées par les pouvoirs publics, organisaient des activités de loisirs et culturelles en langue française, et endossèrent, dans une large mesure, le rôle social que la paroisse avait joué depuis ses débuts.
Au tournant du 20e siècle, le tissu résidentiel du centre-ville de Toronto connut un renouvellement d’ampleur qui suscita un retour des familles à Cabbagetown52 et dans les quartiers avoisinants. Le centre-ville demeurait une destination prisée par de nombreux nouveaux immigrants et des catholiques francophones, notamment ceux originaires de pays africains, vinrent s’installer en nombre à Toronto. En 2001, la congrégation de Sacré-Cœur comptait 791 membres. Parmi les organismes de la paroisse figuraient les Chevaliers de Colomb, les Filles d’Isabelle, la Fédération des femmes canadiennes-françaises, la Société Saint-Vincent-de-Paul et le Comité des Jeunes. Si les membres de la congrégation habitaient pour la plupart dans le centre de Toronto, certains paroissiens devaient néanmoins voyager pendant près d’une heure pour prendre part aux activités de la paroisse. Les prêtres de Sacré-Cœur officiaient dans trois écoles du voisinage : Sacré-Cœur, Sainte-Marguerite-d’Youville et George-Étienne-Cartier.53
Bon nombre de personnes considèrent que la paroisse Sacré-Cœur est la première institution française à avoir été établie à Toronto.54 Aujourd’hui encore, elle demeure un pilier spirituel et une passerelle culturelle pour de nombreux francophones qui résident dans la ville de Toronto.
La Fiducie du patrimoine ontarien tient à remercier sincèrement Robert J. Burns pour ses recherches dans le cadre de la rédaction de ce document.
© Fiducie du patrimoine ontarien, 2009
1 Thomas R. Maxwell, The Invisible French: The French in Metropolitan Toronto, Waterloo, Ontario, Wilfrid Laurier University Press, 1977, p. 29.
2 Clermont Trudel et Pierre Fortier, Toronto se raconte: La paroisse du Sacré-Cœur, Toronto, La Société d’histoire de Toronto, 1987, p. 22.
3 Maxwell, p. 28.
4 Trudel, p. 25.
5 Trudel, p. 38.
6 Maxwell, p. 30.
7 Trudel, p. 48.
8 Maxwell, p. 29.
9 Maxwell, p. 30.
10 Trudel, pp. 26 et 43.
11 Trudel, p. 40.
12 Trudel, p. 38.
13 Trudel, p. 26.
14 Trudel, pp. 26 et 27.
15 Trudel, pp. 28 et 29.
16 Trudel, p. 52.
17 Trudel, p. 52, et Maxwell, p. 32, note 24.
18 Maxwell, p. 32.
19 Trudel, p. 53.
20 Trudel, p. 85.
21 Trudel, p. 54.
22 Par la suite, l’Hôpital Sunnybrook de Toronto prit le relais de l’hôpital militaire.
23 Trudel, p. 66.
24 Trudel, p. 69.
25 Trudel, pp. 76 et 77.
26 Trudel, p. 64.
27 Trudel, p. 60.
28 Trudel, p. 74.
29 Trudel, pp. 56 et 57.
30 Trudel, p. 57.
31 Trudel, p. 57.
32 Trudel, pp. 58 et 59.
33 Site Web, Francophonies canadiennes. Identités culturelles, Acadie, « Le curé de Néguac à Toronto ».
34 Trudel, pp. 58 et 59.
35 Trudel, p. 82.
36 Trudel, p. 83 et 84.
37 Trudel, p. 79.
38 Trudel, p. 80.
39 Trudel, p. 89.
40 Trudel, p. 96.
41 Gaetan Gervais, « L’Ontario français (1821-1910) », dans Cornelius J. Jaenen, éd., Les Franco-Ontariens, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1993, p. 111.
42 Trudel, pp. 81 et 89.
43 Trudel, p. 59. Une plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine ontarien commémorant « La présence française à Lafontaine » a été dévoilée à Lafontaine le 14 juillet 2007.
44 Trudel, p. 101.
45 Trudel, pp. 102 et 103.
46 La Révolution tranquille est une période de bouleversements rapides qui marqua le Québec entre 1960 et 1966. Jean Lesage et le Parti libéral du Québec, dont il fut le dirigeant, accédèrent au pouvoir en 1960 et introduisirent une série de réformes qui devinrent collectivement connues sous le nom « La Révolution tranquille ». Le terme, dont l’auteur demeure anonyme, est apparu pour la première fois dans le journal The Globe and Mail de Toronto.
47 André Lapierre, L’Ontario français du Sud-Ouest: Témoignages oraux, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1982, p. 229.
48 Trudel, p. 100.
49 Trudel, p. 105-109.
50 Trudel. pp. 111 et 112.
51 Trudel, pp. 113, 116 et 117.
52 Cabbagetown est situé dans la partie centre-est de Toronto. Il est bordé à l’ouest par la rue Parliament, au nord, par la rue Gerrard, au sud, par la rue Queen et à l’est, par la rivière Don.
53 Conversation téléphonique avec le presbytère de Sacré-Cœur, 26 juillet 2004.
54 Une plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine ontarien rend hommage à l’histoire de Fort Rouillé. Ce poste de traite était situé non loin de Scadding Cabin, Exhibition Place, à Toronto. Témoin des prémices de l’expérience française à Toronto, Fort Rouillé fut érigé en 1750-1751 pour renforcer l’emprise française sur la région des Grands Lacs. Le texte de la plaque est disponible sur le site Web de la Fiducie du patrimoine ontarien.
