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École publique Sydenham

Le 10 juin 2009, la Fiducie du patrimoine ontarien et l’organisme Friends of the Sydenham Public School ont dévoilé une plaque provinciale pour commémorer la Sydenham Public School à Kingston, en Ontario.

Voici le texte bilingue de la plaque :

ÉCOLE PUBLIQUE SYDENHAM

    Ce bâtiment ouvre ses portes en 1853 sous le nom de Kingston County Grammar School, en remplacement de la Midland Grammar School, une construction antérieure en pièce sur pièce qui se trouvait au croisement des rues King et Gore. Chaque étage du nouveau bâtiment compte une salle de classe pouvant accueillir plus de 100 élèves. La symétrie et l’élégance des abords extérieurs, la maçonnerie en pierre de taille et la superficie du terrain (deux acres) témoignent de l’importance accordée à l’éducation au sein de la collectivité locale. En 1876, un incendie endommage gravement le bâtiment, qui est par la suite reconstruit et agrandi par l’ajout d’une aile arrière. Après l’ouverture du Kingston Collegiate Institute sur la rue Frontenac dans les années 1890, la Kingston County Grammar School est transformée en école élémentaire. En 1839, on lui donne le nom de Lord Sydenham (1799-1841), gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique. Le bâtiment est à nouveau agrandi en 1952. La réussite et la survie de cette école témoignent de son importance architecturale et historique pour la ville de Kingston et pour le développement de l’éducation publique dans le Haut-Canada.

SYDENHAM PUBLIC SCHOOL

    This building, opened in 1853 as the Kingston County Grammar School, replaced the earlier Midland Grammar School, a log and frame structure located at King and Gore streets. The new building consisted of two classrooms and accommodated over 100 students on each storey. Its elegant symmetrical exterior, dressed stonework and expansive two-acre site testified to the importance of education to the local community. In 1876, the school was severely damaged by fire and subsequently reconstructed and enlarged through the addition of a rear wing. After the Kingston Collegiate Institute opened on Frontenac Street during the 1890s, Kingston County Grammar School became a primary school. It was named for Lord Sydenham (1799-1841), Governor General of British North America in 1839. The structure was expanded again in 1952. The successful operation and survival of this school is a testament to its architectural and historical significance to Kingston and to the development of public education in Upper Canada.

Historique

La Sydenham Public School a fonctionné en tant qu’école au 5, rue Clergy Est, à Kingston, de manière quasiment ininterrompue depuis sa construction en 1853. L’évolution du bâtiment et des institutions scolaires qu’il abritait est directement liée aux premières années, relativement précaires, de l’enseignement secondaire en Ontario. La réussite et la survie de cette école témoignent de son importance architecturale et historique pour la ville de Kingston et pour le développement de l’éducation dans le Haut-Canada.

L’histoire de l’actuelle Sydenham Public School remonte à l’adoption de la Loi de 1807 sur les écoles publiques de district. Cette loi autorisait les subventions annuelles du Trésor ontarien en vue de soutenir financièrement une école après le palier élémentaire (à l’époque il s’agissait d’une « grammar school », l’équivalent d’une école secondaire aujourd’hui) dans chacun des sept districts de la colonie. Dans le district de Midland (qui aujourd’hui rassemble les comtés de Frontenac, Lennox et Addington), ce soutien financier fut offert à l’école préexistante fondée en 1792 par le révérend John Stuart. La Midland District Grammar School se trouvait dans un bâtiment en pièce sur pièce datant de la fin du XVIIIe siècle, au croisement des rues King Est et Gore, à Kingston.1 À la fin des années 1840, le délabrement de la structure était tel que le bâtiment ne fut plus utilisé à des fins publiques et les classes furent dispensées dans des quartiers loués dans l’aile est de Summerhill, la résidence du directeur de l’école de l’époque, le révérend George O’Kill Stuart, fils de John Stuart.2

La province continua à progresser sur les plans économique et social, et Kingston fut nommée capitale du Haut-Canada, titre qu’elle détint de 1841 à 1844. Une bureaucratie scolaire centralisée fut instaurée sous l’autorité du surintendant principal des écoles, le révérend Egerton Ryerson, et une série de lois provinciales entamèrent le lent processus vers l’éducation publique obligatoire au palier élémentaire. Au milieu du XIXe siècle, la population de la province était principalement rurale et les travaux agricoles occupaient la majorité des ouvriers de la province. Aller à l’école n’était qu’une des nombreuses activités des enfants. Les autorités de la province signalèrent que 40 pour cent des élèves en âge d’être scolarisés n’avaient jamais mis les pieds à l’école et que bon nombre de ceux qui s’y rendaient présentaient un fort taux d’absentéisme.

En plus des changements dus à la réforme scolaire, Ryerson était fermement en faveur de bâtiments scolaire neufs et modernes afin de fournir un cadre plus salubre et plus propice à un apprentissage réussi. Pour améliorer la conception des bâtiments scolaires, les autorités de la province entreprirent une série de mesures de réforme. En 1848, elles lancèrent la publication d’un magazine mensuel destiné aux conseillers scolaires, le Journal of Education for Upper Canada, qui comportait de nombreux articles sur la conception et l’équipement des écoles. Bon nombre de ces articles dérivaient de l’édition de 1848 de l’innovant ouvrage américain, School Architecture, du célèbre Bostonien Henry Barnard. Deux ans après, l’Assemblée législative exigea la nomination d’inspecteurs scolaires locaux. Ces fonctionnaires, choisis et rémunérés par les autorités provinciales, habilitaient les responsables de Toronto à recueillir des renseignements sur la qualité des écoles locales lorsqu’ils transmettaient directement aux conseillers les souhaits et les normes du gouvernement.

À Kingston, une nouvelle école permanente fut érigée dans la rue Clergy Est pour remplacer l’établissement plus ancien situé au croisement des rues King Est et Gore. Elle ouvrit ses portes en 1853 sous le nom de Kingston County Grammar School. Bien que le bâtiment en soi fût architecturalement impressionnant pour son temps au vu de son utilisation,3 il était emblématique d’une époque où les normes en matière d’éducation étaient très différentes des normes actuelles.4

Les études secondaires étaient perçues, à l’époque, comme une nécessité et uniquement envisageables pour une fraction relativement réduite de la population de la province, à savoir les garçons qui se destinaient à une formation universitaire ou aux professions. Seuls ceux qui souhaitaient faire carrière au ministère, dans l’enseignement, la médecine et le droit, au lieu de travailler dans une exploitation agricole ou industrielle, devaient fréquenter l’école secondaire. La société du Haut-Canada de l’époque, largement agraire et rurale, avait besoin de peu de personnes formées aux matières enseignées à l’école secondaire telles que les sciences, les mathématiques supérieures, les lettres classiques comme le latin et le grec, et les langues vivantes comme le français et l’allemand. Ainsi, à cause d’un marché restreint et spécialisé, le nombre d’écoles secondaires dans la province resta limité. La Sydenham Public School est donc un exemple emblématique important de l’histoire de l’enseignement en Ontario.

Les filles n’avaient pas accès à l’enseignement secondaire avant l’adoption de la Loi scolaire de 1871. L’assiduité au secondaire était tellement rare dans les années 1850, que les éducateurs de la province n’essayaient même pas de maintenir des statistiques sur le nombre d’élèves présents et diplômés. En 1877, 10 ans après la Confédération, moins de deux pour cent des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’Ontario étaient des élèves suivant des études post-élémentaires. Même dans les années 1920, moins de 10 pour cent des jeunes de la province fréquentaient les établissements publics secondaires.5

La deuxième partie initiale de la Kingston Grammar School, reconstruite après un incendie en 1876, possédait une façade équilibrée et une construction robuste typique des bâtiments publics de l’époque à Kingston, mais elle comportait des touches décoratives gothiques qui rappelaient les écoles cathédrales anglaises d’une période antérieure. Parmi ces éléments, il y avait notamment une fenêtre à triple lancette au-dessus l’entrée principale et un porche néogothique.6 La conception, oeuvre d’un architecte qui reste encore à identifier,7 était probablement inspirée par les modèles illustrés du livre School Architecture d’Henry Barnard, dont un exemplaire fut remis au conseil scolaire de Kingston avant l’approbation des dessins définitifs.8 L’agencement intérieur initial du bâtiment fait allusion à la nature de l’enseignement du milieu du siècle, lorsque les élèves étaient rassemblés en grands groupes et mémorisaient le contenu des manuels scolaires, et que les notions de niveaux fixes et de cours séparés n’existaient pas encore. Chaque étage comportait un vaste espace ouvert; le niveau inférieur pouvait accueillir 100 élèves et l’étage supérieur, jusqu’à 150. Cinq enseignants géraient les classes dans ces deux espaces d’apprentissage. Aujourd’hui encore, il est possible de se tenir dans le bâtiment original et d’imaginer à quoi devaient ressembler ces vastes espaces.

En 1862, l’école secondaire et l’école préparatoire de l’Université Queen’s, qui étaient toutes deux caractérisées par de faibles taux d’inscription et des coûts prohibitifs, se regroupèrent et s’affilièrent à l’Université Queen’s. Thomas Gordon, futur président de l’université, en était le directeur. Au fil des années, des matières supplémentaires furent introduites, dont le dessin, l’histoire contemporaine et la musique. Cet élargissement du programme, associé à une augmentation du nombre d’élèves, entraîna la construction de salles de classe supplémentaires à l’arrière de l’aile originale. Les travaux furent achevés en 1876, en même temps que la rénovation et la réorganisation interne du bâtiment de 1853 qui fut ravagé par un incendie. L’architecte de Kingston, Thomas Gage, fit les plans de la nouvelle annexe. Les élèves filles furent admises pour la première fois lorsque l’école rouvrit ses portes en janvier 1877.

Dans les années 1880, le développement des professions et la demande pour des professionnels instruits mena à la transformation d’une école secondaire en institut collégial public, inauguré en 1892, désormais connu sous le nom de Kingston CVI. Le bâtiment de la rue Clergy devint le siège de l’école des mines et de l’agriculture de l’Université Queen’s (aujourd’hui la faculté des sciences appliquées de l’Université Queen’s).

En 1936, l’établissement de la rue Clergy recommença à fonctionner en tant qu’école publique sous le nom de Sydenham Public School. L’agrandissement progressif de la Kingston County Grammar School et sa conversion en tant que Sydenham Public School symbolise l’évolution de l’éducation dans la province.9 D’autres travaux d’agrandissement au niveau de la structure en 1952 et des rénovations régulières de l’intérieur des trois ailes ont contribué à créer un bâtiment qui reflète l’évolution des tendances de l’enseignement et de l’architecture scolaire dans l’Ontario de l’après-guerre.

Le bâtiment a été cité à l’article IV de la Loi de 1984 sur le patrimoine de l’Ontario. La Sydenham Public School appartient actuellement au Limestone District School Board, qui la gère. Elle accueille les enfants du quartier de Sydenham, à Kingston, de la maternelle à la 8e année.

La Sydenham Public School est la plus ancienne structure connue de la province à encore être utilisée en tant qu’école et qui, initialement, faisait office d’école secondaire.10 Se distinguant des établissements scolaires ontariens par sa conception et son ancienneté, la Sydenham Public School reste pour notre plus grand bonheur un bâtiment important du point de vue de l’architecture et du patrimoine en Ontario et nous offre un excellent aperçu du développement de l’éducation publique dans le Haut-Canada.


La Fiducie du patrimoine ontarien tient à exprimer sa gratitude à Dana Johnson pour le travail de recherche effectué dans le cadre de la rédaction de cet article.

© Fiducie du patrimoine ontarien, 2009


1 Sir John A. Macdonald, le premier premier ministre du Canada, fréquenta cette école, enfant.

2 Le rév. George O’Kill Stuart était précédemment le premier directeur du Jarvis Collegiate, à Toronto, de 1812 à 1822. Une plaque provinciale de la Fiducie du patrimoine ontarien commémorant le Jarvis Collegiate Institute se trouve sur la propriété de l’école au 495, rue Jarvis, à Toronto. Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter la base de données de plaques en ligne.

3 Pour une description architecturale et une analyse, veuillez consulter; Ville de Kingston, Ontario. Buildings of Architectural and Historic Significance, Vol. 5, éd. Margaret Angus. Kingston : Ville de Kingston, 1980 et Jennifer McKendry, With Our Past Before Us: Nineteenth-Century Architecture in the Kingston Area. Toronto : University of Toronto Press, 1999.

4 Aujourd’hui, en Ontario, quasiment tout le monde peut fréquenter une école secondaire financée par les deniers publics. En 2009, 77 pour cent des élèves du secondaire obtiennent leur diplôme à l’issue de la 12e année. Voir http://www.edu.gov.on.ca.

5 L’histoire des débuts de l’enseignement secondaire en Ontario a fait l’objet d’une analyse de la part de Dana Johnson dans « Pursuing Higher Education: Going to Secondary School in Ontario, 1800-1930 », Research Bulletin 214 (Ottawa : Parcs Canada, 1984) qui peut être actualisée en consultant l’exposition en ligne du site Web des Archives publiques de l’Ontario, intitulée : « Lessons Learned: The Evolution of Education in Ontario », disponible à l’adresse http://www.archives.gov.on.ca/english/Online-exhibits/education/index.aspx; par Susan E. Houston et Alison Prentice, Schooling and Scholars in Nineteenth-Century Ontario (Toronto : University of Toronto Press, 1988); et par R.D. Gidney et W.P.J. Millar, Inventing Secondary Education: The Rise of the High School in Nineteenth-Century Ontario (Montréal : McGill-Queen’s University Press, 1990).

6 McKendry, p.20.

7 Ce bâtiment est souvent attribué à William Coverdale, architecte de la ville de Kingston de 1846 à 1865. Coverdale était chargé de concevoir des écoles pour la ville selon un style innovant.

8 Les autorités de la province achetèrent 400 exemplaires de l’édition de 1848 du livre de Barnard et en distribuèrent un exemplaire à chaque conseil scolaire de la province. Un deuxième exemplaire fut remis au conseil scolaire de Kingston pour le guider dans la planification de la Kingston County Grammar School; voir Jennifer McKendry, With Our Past Before Us: Nineteenth-Century Architecture in the Kingston Area (Toronto : University of Toronto Press, 1995), p. 150. La version de 1855 du livre de Barnard peut être consultée en ligne à l’adresse ici.

9 L’histoire de l’école après son ouverture en 1853 peut être consultée sur le site Web de l’école à l’adresse ici.

10 La Cornwall Grammar School, à Cornwall, est le plus ancien établissement de ce type à avoir survécu (le bâtiment scolaire original n’existe plus). Elle fut créée par John Strachan en 1806. Une plaque de la Fiducie du patrimoine ontarien commémorant la Cornwall Grammar School se trouve au Cornwall Collegiate and Vocational School à Cornwall. Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter la base de données de plaques en ligne.