Maison William et Susannah Steward - Ontario Heritage Trust

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Maison William et Susannah Steward

Le samedi 15 octobre 2005, à 14 h, la Fondation du patrimoine ontarien a dévoilé une plaque provinciale commémorant la Maison William et Susannah Steward à Niagara-on-the-Lake.

Voici le texte de la plaque bilingue :

MAISON WILLIAM ET SUSANNAH STEWARD

William Steward (aussi épelé Stewart), un conducteur d’attelage afro-américain, et sa femme Susannah vécurent à Niagara de 1834 à 1847. La maison des Steward était située dans le « village des gens de couleur » de Niagara, une collectivité dynamique constituée d’anciens esclaves canadiens, de loyalistes noirs et de réfugiés afro-américains. Les Steward divisèrent par la suite leur terrain et en vendirent une parcelle à Robert Baxter, résident noir de la localité. En 1837, William Steward fut co-signataire avec 17 autres citoyens noirs locaux d’une pétition demandant au lieutenant-gouverneur Sir Francis Bond Head de refuser d’extrader Solomon Moseby, fugitif du Kentucky. M. Moseby fut libéré de la prison de Niagara par plus de 200 Afro-Canadiens. En 1847, les Steward s’installèrent à Galt (l’actuelle ville de Cambridge) où ils finirent leur vie. La modeste maison des Steward est un excellent exemple d’architecture vernaculaire locale à la mémoire de ces résidents diligents qui ont contribué à édifier Niagara-on-the-Lake et à protéger les Noirs américains qui trouvèrent refuge dans la région.

WILLIAM AND SUSANNAH STEWARD HOUSE

William, an African American teamster, and Susannah Steward (also spelled Stewart) lived in Niagara from 1834 to 1847. The Steward home was part of Niagara's "coloured village", a vibrant community of former Canadian slaves, black Loyalists and African American refugees. Later, the Stewards divided their lot for sale to Robert Baxter, a local black resident. In 1837, William Steward was one of 17 local blacks who signed a petition asking Lieutenant Governor Sir Francis Bond Head to refuse to extradite Kentucky fugitive Solomon Moseby. Moseby was rescued from the Niagara jail by more than 200 African Canadians. In 1847, they moved to Galt (now Cambridge) where they lived for the rest of their lives. The Stewards' modest cottage is an excellent example of local vernacular architecture. It serves as a compelling memorial to these hardworking people who contributed to the building of Niagara-on-the-Lake and to protecting African American refugees in the region.

Historique

Le « village des gens de couleur » de Niagara

La population noire de la région de Niagara arriva avec les Loyalistes américains qui avaient obtenu le droit d’amener avec eux leurs esclaves au Haut-Canada (maintenant l’Ontario). Parmi ces Loyalistes se trouvaient les « rangers de Butler », le régiment commandé par le colonel John Butler, originellement de l’État de New York. Les autres esclaves appartenaient à des immigrants des îles Britanniques. Ils avaient été achetés aux États-Unis à des Autochtones locaux qui avaient capturé des esclaves américains lors de raids, au moment de la Révolution. Cependant, au premier Parlement du Haut-Canada, à Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake), en 1793, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe fit adopter « une loi visant à prévenir toute nouvelle introduction d’esclaves et à limiter les conditions de contrats de servitude au sein de cette province ». Cette loi ne libéra pas les esclaves habitant déjà la province, mais interdit toute importation subséquente. En outre, elle affranchit les enfants d’esclaves à partir de l’âge de 25 ans. Les enfants de ces derniers étaient considérés comme « nés libres ». À peine quelques années plus tard, la majorité des Noirs habitant dans le Haut-Canada recevaient un salaire pour leur labeur.

On promit aux Afro-Américains de les affranchir et de leur donner des terres s’ils se battaient aux côtés des Britanniques durant la Révolution américaine. Certains de ces Loyalistes noirs s’installèrent avec leur famille dans le district de Niagara. Lors de la Guerre de 1812, des Noirs locaux se portèrent volontaires pour repousser l’invasion américaine. Les soldats américains qui retournèrent chez eux répandirent la rumeur qu’ils s’étaient battus contre des « Noirs en manteaux rouges » dans le Haut-Canada. Cette étonnante nouvelle provoqua un afflux d’esclaves fugitifs à la recherche d’une terre d’asile. Certains vinrent par le légendaire chemin de fer clandestin, mais la plupart arrivèrent au Canada par leurs propres moyens. Les mauvaises conditions de vie des Noirs en Amérique, dans les années 1830, encouragèrent même des Noirs libres à chercher une terre d’accueil où l’oppression raciale n’était pas, à tout le moins, enchâssée dans la loi. Quatorze familles déménagèrent à Niagara pendant ces années. Niagara y gagna non seulement des ouvriers et des domestiques, mais également des artisans qualifiés, ce dont elle avait grand besoin.

La plupart des personnes de descendance africaine habitaient dans le « village des gens de couleur », dans la section sud-ouest de la ville, tout près de la réserve militaire. Le village était délimité par les rues Mississauga et Butler, et John et Anne. Dès 1837, 10 % (soit 400 personnes) de la population locale de 4 000 habitants étaient des Noirs. Deux églises desservaient la communauté. L’épouse de M. Steward fréquentait probablement l’église épiscopale méthodiste africaine. William Steward alla d’abord à l’église anglicane. Cependant, d’après le Journal de St. Catharine du 24 juillet 1845, un certain William Steward servit cette année-là à titre d’ecclésiastique de l’église baptiste de Niagara au moment où un conflit concernant la propriété de l’église surgit entre les sections blanche et noire de la congrégation. L’église fut transférée aux membres afro-canadiens. Il n’est pas certain qu’il s’agissait du même homme. Un grand nombre des résidents du « village des gens de couleur » furent enterrés dans le « cimetière des Noirs », un lieu historique désigné sur la rue Mississauga. L’emplacement de ce cimetière est associé à l’église baptiste qui avait été érigée autrefois tout près de là.

William et Susannah Steward

D’après les archives de naturalisation, William Steward (aussi épelé Stewart) arriva dans le Haut-Canada en 1834 et prononça le serment d’allégeance à la Couronne le 16 février 1842. M. Steward naquit vers 1799; il avait donc environ 35 ans lorsqu’il arriva au Canada. Sa femme, Susannah, de 10 ans sa cadette, naquit aux États-Unis vers 1809. On ne sait pas si les Steward étaient des esclaves fugitifs ou des gens libres ni s’ils arrivèrent ensemble. Il n’existe aucune archive de mariage; il se peut donc fort bien qu’ils aient déjà été un couple. Ils n’avaient pas d’enfant. Il est possible que les Steward aient vécu comme des gens libres dans le Nord des États-Unis avant d’émigrer dans le Haut-Canada. La signature de M. Steward, sur ses documents de naturalisation et de transfert de terres, était soignée et indiquait son nom complet, ce qui porte à croire qu’il était capable de lire et d’écrire avant d’arriver. Le fait que les Steward aient pu s’acheter un lot municipal l’année de l’arrivée de William dans le Haut-Canada laisse supposer qu’il avait apporté de l’argent avec lui.

William et Susannah Steward résidèrent à Niagara de 1834 à 1847. Au fil des ans, ils vendirent des parcelles de terre à d’autres immigrants afro-américains. L’un des acquéreurs fut Peter Sands, un esclave fugitif qui tenait un salon de barbier à Niagara, avant de déménager à Thorold, en 1854. M. Sands avait été l’un des sept hommes qui s’échappèrent par la rivière Détroit, à l’été 1833, après avoir contribué à la libération spectaculaire de Thornton et Lucie Blackburn d’une prison du Michigan. L’évasion des Blackburn entraîna le premier conflit d’extradition entre le Canada et les États-Unis concernant le cas des esclaves fugitifs. Le refus du Canada de renvoyer les Blackburn donna le ton à toutes les négociations diplomatiques et juridiques portant sur l’accueil par le Canada des réfugiés afro-américains, avant la Guerre Civile.

William et Susannah furent impliqués dans un autre cas célèbre d’esclave fugitif. En 1837, Solomon Moseby fut incarcéré dans la prison de Niagara. Il était accusé du vol d’un cheval, un chef d’accusation fabriqué de toutes pièces par son propriétaire, un homme du Kentucky, afin que celui-ci puisse récupérer son « bien ». Le gouvernement américain exigea l’extradition de M. Moseby. William Steward se joignit aux Afro-Américains locaux et signa une pétition adressée au lieutenant-gouverneur Sir Francis Bond Head, au nom de Solomon Moseby. Des hommes et des femmes arrivèrent des quatre coins de la région et campèrent autour de la prison afin de prévenir l’extradition de M. Moseby. Les Blancs locaux sympathisèrent avec la cause et fournirent de la nourriture et un toit aux protestataires noirs. Deux semaines plus tard, le geôlier tenta de sortir Solomon Moseby dans une voiture à cheval, mais une émeute éclata. Les femmes y participèrent aussi activement que les hommes, empêchant les officiers de traverser une passerelle sur le sol de la prison et tenant leurs fusils dans les airs afin qu’ils ne puissent pas ouvrir le feu. Deux Noirs locaux respectés, dont un enseignant nommé Herbert Holmes, formé en Nouvelle-Écosse, y perdirent la vie. Solomon Moseby s’échappa et réussit à se rendre jusqu’à Montréal, puis jusqu’en Grande-Bretagne, où il fut bien accueilli.

Architecture et histoire de la propriété

Le lot 337 des Steward, d’une superficie d’un acre et situé dans la périphérie sud-ouest de Niagara, avait fait partie des terres octroyées à Andrew Butler, le fils du colonel John Butler, par patente de la Couronne, le 17 mai 1802. Andrew mourut en 1804 et son fils, Joseph W. Butler, vendit la propriété en 1828 à son cousin, Lewis Clement, pour la somme de 20 £. Le 27 novembre 1834, M. Clement, qui avait grandi au sein d’une famille propriétaire d’esclaves, transféra les terres à William et Susannah Steward au prix de 25 £. L’affaire fut conclue devant le témoin Samuel M. Carter, dont la femme, Sarah Carter, avait été l’une des meneuses de l’émeute de 1837 qui avait secouru Solomon Moseby.

William Steward subdivisa le terrain et, le 13 août 1836, en vendit la moitié sud-ouest à Robert Baxter, également un « homme de couleur », d’après l’acte de vente. M. Baxter, charpentier et menuisier, signa le contrat d’un « X » et paya la somme de 22 £ pour le demi-acre. Susannah Steward se présenta devant le juge de paix, Thomas Butler, pour renoncer à son droit de douaire. Deux marchands furent témoins de la transaction, James Rogers et Thomas Duff Miller. M. Baxter divisa subséquemment son terrain en deux. L’un des acquéreurs des terrains d’un quart d’acre fut Peter Sands, dans les années 1850. Les Steward vendirent la deuxième moitié de leur acre à John Oliver, le 24 août 1847, pour la somme de 87,10 £.

La maison des Steward est typique des maisons à ossature de bois construites par les anciens esclaves du Haut-Canada, les Loyalistes noirs et les immigrants afro-américains, esclaves fugitifs ou hommes libres, qui ont habité dans le « village des gens de couleur » de Niagara au 19e siècle. On pense que la maison fut érigée au début de l’année 1835, soit un an après l’arrivée de William Steward des États-Unis. C’est une maison d’un étage et demi, à la ligne de toiture transversale, comportant deux fenêtres sur chaque pignon. La façade de la maison est simple et deux fenêtres à carreaux « six sur six » encadrent la porte d’entrée principale. D’après l’épaisseur des murs, il semblerait que la maison Steward ait été construite en bois équarri recouvert de parement en déclin. Pour accéder à la cave, il faut passer par l’extérieur. Un ajout d’un seul étage fut construit peu de temps après l’érection de la maison. Cet ajout agrandit la partie arrière de la construction originale sur toute sa largeur. Le terrain est couvert d’une pelouse bien entretenue et on peut y voir des traces d’un ancien potager. À l’est de la maison, il y a un joli cabanon peint en blanc avec des fenêtres à carreaux « six sur six », dont le revêtement est fait de planches verticales avec couvre-joints.

À l’arrière de la maison, il y avait autrefois un bâtiment long et étroit donnant sur la rue John. Si ce bâtiment datait de la même époque que la maison (ce que l’on pourrait corroborer par des méthodes archéologiques), il est possible qu’il servait de hangar pour voitures d’attelage. Les archives de recensement et d’impôts montrent que les Steward possédaient un chien et un cheval. Le cheval servait probablement à l’entreprise de factage de William. Susannah contribua sans doute au revenu du ménage, mais il n’existe aucune archive d’emploi à son nom. Les Afro-Américaines qui habitaient au Canada travaillaient comme couturières ou domestiques, ou alors faisaient du repassage délicat ou de la coiffure.

Après 1847, les Steward déménagèrent à Galt (maintenant Cambridge) et y demeurèrent jusqu’à la fin de leurs jours. La maison Steward est un excellent exemple de l’architecture vernaculaire locale et constitue un hommage émouvant à ces personnes travailleuses qui ont tant contribué à la protection des réfugiés noirs vivant dans la région et à l’édification de Niagara-on-the-Lake.

Au mois de décembre 1999, la Niagara Foundation acquit la propriété sise au 507 rue Butler, au coin de la rue John, à Niagara-on-the-Lake. Elle s’occupe maintenant de restaurer le bâtiment, avec l’intention de faire un musée de la maison William et Susannah Steward.


La Fondation du patrimoine ontarien tient à remercier Karolyn Smardz Frost de ses travaux de recherche sur lesquels repose le présent document.

© Fondation du patrimoine ontarien, 2005