John Parmenter Robarts, premier ministre de l’Ontario de 1961 à 1971 - Ontario Heritage Trust

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John Parmenter Robarts, premier ministre de l’Ontario de 1961 à 1971

Cérémonie de commémoration du lieu de sépulture de l’honorable John Parmenter Robarts, premier ministre de l’Ontario, 1961-1971

Thomas H.B. Symons, C.C., O.Ont, FRSC, LL.D., D.Litt., D.U., D.Cn.L., FRGS, KSS – Président, Fiducie du patrimoine ontarien

Je suis ravi d’être parmi vous aujourd’hui pour présenter mes salutations au nom du conseil d’administration de la Fiducie du patrimoine ontarien et pour évoquer la carrière de l’honorable John P. Robarts.

La Fiducie du patrimoine ontarien a pour mandat d’assurer les fonctions de fiduciaire et d’intendant du patrimoine au nom de la population de l’Ontario, de soutenir activement la conservation du patrimoine et de fournir des avis en la matière, d’être un centre d’information et d’éducation sur le patrimoine, et de contribuer fortement à la promotion du patrimoine naturel, architectural et culturel de la province.

John Robarts portait un vif intérêt à la Fiducie pendant les premières années de son existence, car il estimait que le mandat de l’organisme correspondait à sa conviction profonde selon laquelle le patrimoine est un enjeu essential.

En 2007, sur l’ordre de M. Jim Brownell, qui était alors député provincial, le gouvernement de l’Ontario a créé le Programme commémorant les lieux de sépulture des anciens premiers ministres pour célébrer les anciens premiers ministres de l’Ontario en érigeant une plaque sur leur lieu de sépulture. La Fiducie du patrimoine ontarien a été choisie pour élaborer et mettre en œuvre ce nouveau programme spécial dans le prolongement de sa mission consistant à commémorer les événements, les personnes et les lieux qui revêtent une importance dans l’histoire de l’Ontario.

La Fiducie a lancé le Programme commémorant les lieux de sépulture des anciens premiers ministres lors d’une cérémonie inoubliable qui s’est déroulée en novembre 2008 à St. Andrews West pour commémorer le premier premier ministre de la province – l’honorable John Sandfield Macdonald. Depuis cette date, des manifestations similaires ont été organisées à St. George, Toronto, Brantford, Morrisburg, St. Thomas, Oshawa, Crown Hill, Guelph et Lindsay pour commémorer 14 autres premiers ministres qui ont chacun laissé un héritage important dans le cadre de leur mandat à la tête de la province.

C’est aujourd’hui un honneur de commémorer l’honorable John P. Robarts, le 17e premier ministre de l’Ontario.

M. John Robarts naît le 11 janvier 1917 à Banff, en Alberta. Après le décès de sa mère, la famille s’installe en Ontario, d’abord à Galt en 1920, puis à London en 1930. Après l’obtention de son diplôme d’études secondaires à London, John Robarts fréquente l’Université Western Ontario. Il s’inscrit à l’Osgoode Hall Law School en 1939 et devient membre du Conservative Club de cet établissement.

La Seconde Guerre mondiale vient interrompre ses études et il sert à l’étranger dans la Marine royale du Canada, en Atlantique, en Méditerranée et au Pacifique. Ses expériences en tant que jeune officier de marine pendant la guerre – fondées sur les notions de camaraderie, de discipline, de courage et de jugement – ont sans aucun doute influencé son approche future du leadership et de la vie publique.

À son retour au Canada, John Robarts reprend ses études à Osgoode Hall et obtient son diplôme en 1947. Il retourne ensuite à London où il fonde le cabinet d’avocats Robarts Betts McLennan and Flinn.

Sa carrière politique commence à l’échelle municipale lorsqu’il se présente comme candidat au conseil municipal de London en décembre 1950. Il finit en tête dans le deuxième quartier avec sept voix d’avance et qualifie avec humour sa victoire d’écrasante. En l’espace d’une année, il se prend véritablement au jeu politique et, en novembre 1951, il fait son entrée dans l’arène provinciale et est élu député dans sa circonscription de London. Il est réélu en juin 1955 dans la circonscription de London-Nord nouvellement créée, et le premier ministre Frost le nomme au poste de ministre sans portefeuille à la fin de l’année 1958.

John Robarts est une nouvelle fois réélu en juin 1959, et M. Leslie Frost le nomme ministre de l’Éducation en décembre de la même année. Lorsque M. Frost décide de prendre sa retraite après une longue et éminente carrière politique, John Robarts est désigné pour lui succéder par le Parti conservateur, le 25 octobre 1961. Il est assermenté à titre de premier ministre de l’Ontario une quinzaine de jours plus tard, le 8 novembre.

La carrière de M. Robarts au poste de premier ministre comprend bien entendu de nombreux aspects sur lesquels je pourrais mettre l’accent cet après-midi. Je pourrais évoquer ses solides capacités de leadership et sa stratégie de gouvernance, qui lui valent le sobriquet de « président du conseil »; son respect du processus démocratique et sa conviction qu’une opposition forte et vigoureuse est essentielle au bon fonctionnement démocratique – à tel point qu’il fournit des fonds et des ressources supplémentaires à l’opposition pour appuyer ses activités de recherche; la création, par son gouvernement, du Réseau GO – le premier système de transport interrégional au Canada; la fondation du Conseil des arts de l’Ontario – le principal organisme de financement des arts dans la province, dont l’objectif est de favoriser la création, la production et la présentation d’œuvres artistiques dans l’intérêt de tous les Ontariens et Ontariennes; la construction du Centre des sciences de l’Ontario en tant que projet du centenaire, que M. Robarts inaugure officiellement le 27 septembre 1969; et son attention et son soutien essentiels envers l’action de la Fiducie du patrimoine ontarien.

Il participe activement à la création de quatre nouvelles universités – l’Université de Windsor, l’Université Trent, l’Université York et l’Université Laurentienne – ainsi qu’à l’agrandissement d’autres universités, et il œuvre par ailleurs à la création d’un système parallèle de collèges communautaires, en collaboration avec son ministre de l’Éducation, l’honorable William Davis, qui lui succédera au poste de premier minister.

Il reconnaît la nécessité de créer un drapeau officiel de l’Ontario, qui est dévoilé le 14 avril 1965.

Je n’oublie pas qu’en outre, sous son leadership, toute la province connaît une période de croissance et d’expansion incroyable à laquelle le gouvernement et les politiques publiques ont sans aucun doute contribute.

Mais par-dessous tout, j’aimerais évoquer l’engagement et la contribution immenses de John Robarts envers l’unité nationale et la réforme constitutionnelle durant son mandat à la tête de la province, et rendre hommage à son action réfléchie pour défendre l’enseignement en langue française et les droits des Francophones en Ontario.

À l’occasion du congrès de l’Association canadienne des éducateurs de langue française, qui se tient à Ottawa le 24 août 1967, pendant l’année du centenaire, M. Robarts annonce que son gouvernement a l’intention de créer, au sein du système d’éducation publique de l’Ontario, des écoles secondaires dont la langue d’enseignement est le français. Il déclare que « la contribution potentielle des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens à notre société est trop importante pour que nous les empêchions de mettre à profit leur énergie et leurs compétences en refusant de leur offrir des possibilités adéquates pour approfondir leur éducation au maximum de leurs capacités ». Son gouvernement adopte la loi établissant des écoles publiques élémentaires et secondaires de langue française, qui entre officiellement en vigueur le 1er janvier 1969.

À cette époque en Ontario, le rôle joué par la communauté franco-ontarienne dans l’histoire et la vie de la province est de plus en plus reconnu. Les propos tenus par John Robarts confirment et appuient en effet cette évolution : « Les hommes et les femmes d’origine française jouent un rôle important dans le développement de l’Ontario depuis plus de trois siècles et l’époque des explorateurs et des commerçants de fourrures de la Nouvelle-France. Ce rôle se poursuit aujourd’hui avec la communauté franco-ontarienne… Sa force, sa vitalité, ses réalisations et son potentiel sont immenses. La présence de ces résidents francophones enrichit et renforce notre province – et, pour tout dire, le Canada dans son ensemble. »

Parallèlement aux changements considérables apportés dans le secteur de l’éducation, de nouveaux programmes voient le jour et des approches totalement novatrices sont adoptées dans d’autres domaines des politiques publiques provinciales durant les années 1960.

Le 22 juillet 1968, John Robarts fait adopter la résolution suivante par l’Assemblée législative de l’Ontario : « Désormais, chaque membre de cette Assemblée a le droit de s’exprimer devant elle dans l’une des deux langues officielles du Canada ».

Dans l’esprit de cette résolution et des évolutions antérieures, de nombreux ministères du gouvernement provincial s’efforcent de plus en plus de fournir, « dans la mesure du possible, des services publics bilingues afin que les citoyens de l’Ontario soient en mesure de communiquer soit en français, soit en anglais, avec les différents ordres de gouvernement auxquels ils s’adressent ».

Le fait que John Robarts reconnaisse l’importance de l’enseignement en langue française et des droits des Francophones dans l’histoire et l’identité de la province est étroitement lié à sa conception de l’unité nationale et à sa prise de conscience du rôle essentiel de l’Ontario en matière de réforme constitutionnelle. En tant que premier ministre, il est absolument convaincu que « les habitants de cette province devraient se rendre compte que leur responsabilité vis-à-vis de l’avenir du Canada est immense ».

À cette fin, lors du discours du Trône de l’Ontario en janvier 1965, M. Robarts annonce la création de l’Ontario Advisory Committee on Confederation. Présidé par M. H. Ian Macdonald, et appuyé par le Federal-Provincial Affairs Secretariat nouvellement créé, dont M. Charles Beer assure la direction, ce comité consultatif a pour rôle de conseiller le gouvernement et la province sur la position que l’Ontario devrait adopter en matière d’enjeux constitutionnels et fédéro-provinciaux. Le comité, qui se compose de chercheurs et de spécialistes dans les domaines des affaires constitutionnelles, culturelles, économiques, éducatives et juridiques couvrant tout le spectre des opinions politiques, est invité à examiner l’ensemble des enjeux publics du moment et à formuler des propositions connexes. Cette expérience audacieuse, inhabituelle et probablement unique dans l’histoire des affaires gouvernementales au Canada s’avère finalement fructueuse.

Le comité se réunit pour la première fois en mars 1965. Les réunions d’une durée de deux jours ont lieu presque chaque mois, pendant sept ans, jusqu’en 1971, lorsque le comité est dissous au moment du départ à la retraite de John Robarts. Il n’est pas rare que le premier ministre Robarts participe pendant quelque temps aux réunions mensuelles du comité afin de solliciter l’opinion de ses membres sur un grand nombre des enjeux culturels, budgétaires et constitutionnels qui se posent en Ontario et au Canada – et qui sont alors au cœur de ses préoccupations. En s’appuyant sur des stratégies novatrices de ce type, le premier ministre Robarts joue un rôle de premier plan dans les affaires canadiennes.

Sous son égide, l’Ontario Advisory Committee on Confederation et le Federal-Provincial Affairs Secretariat participent en outre largement à la planification et à la préparation de la Conférence sur la Confédération de demain qui se tient à Toronto en 1967.

Neuf des dix premiers ministres du Canada, le procureur général de la Colombie-Britannique et deux fonctionnaires fédéraux participent à cette conférence présidée par le premier ministre Robarts qui lui sert de tribune pour exprimer ses inquiétudes personnelles quant aux problèmes rencontrés par le pays et à la nécessité de les résoudre. Pour reprendre ses propos, « nous approchions alors de l’un de ces rares moments de notre histoire où il s’est avéré nécessaire d’avoir un débat franc et ouvert sur les origines des graves tensions qui pesaient sur notre pays, afin d’en assurer la survie ».

Le gouvernement fédéral était peu enclin à commencer à examiner l’état de la confédération, malgré les signaux indiquant qu’un tel examen était à la fois nécessaire et urgent. En l’absence d’une impulsion fédérale en la matière, la province de l’Ontario et le gouvernement de John Robarts prennent l’initiative en convoquant la Conférence sur la Confédération de demain, ce qui permet d’ouvrir le dialogue qui s’impose. Cette conférence, du fait des interventions et de l’intérêt public qu’elle suscite, pousse le gouvernement fédéral à poursuivre l’initiative, comme l’espéraient de nombreux chefs de file provinciaux.

En tant que premier ministre de l’Ontario, John Robarts déploie aussi des efforts considérables pour cultiver des relations positives et fructueuses avec ses homologues du Québec, et il entretient d’excellentes relations de travail avec le premier ministre, Jean Lesage, comme avec son successeur, Daniel Johnson Sr.

Le 20 octobre 1965, les premiers ministres Robarts et Lesage participent à la cérémonie de pose des deux premières pierres du Collège Champlain, dont l’une porte une inscription en français et l’autre en anglais, à la toute nouvelle Université Trent, à Peterborough. Lors de cette cérémonie, les deux premiers ministres font part de leur intention d’ouvrir des négociations pour lancer un programme d’échange pédagogique et culturel entre les deux provinces, comme proposé dans un rapport préparé par l’Ontario Advisory Committee on Confederation fondé par M. Robarts.

L’« Ontario-Quebec Cultural, Educational and Technical Agreement » est signé en juin 1969 dans la ville de Québec. Cet accord dépasse le concept initial de programme d’échange pédagogique et culturel pour devenir une déclaration de confiance et de respect mutuels entre les deux provinces. Il prévoit non seulement un large éventail d’échanges et de liens, mais aussi la reconnaissance des droits de la minorité linguistique dans chaque province.

John P. Robarts quitte le poste de premier ministre en 1971 et son successeur, l’honorable William G. Davis, est assermenté le 1er mars de la même année. L’engagement de M. Robarts à l’égard de l’unité nationale et de la réforme constitutionnelle demeure fort, même après la fin de son mandat comme premier ministre. Il copréside la Commission Pépin-Robarts sur l’unité canadienne entre 1977 et 1979, jusqu’à la publication de son rapport.

Peu de temps avant d’être désigné coprésident de cette commission, M. Robarts prononce ces mots lors d’un discours à Toronto :

« Nous devons toujours garder à l’esprit que les liens étroits et solides que nous entretenons avec le Québec sont fondés sur un accord historique. Nous ne devons jamais oublier nos responsabilités vis-à-vis des autres provinces canadiennes et, par-dessus tous, nous devons faire fi des mesquineries et des petitesses en ces temps marqués par des tensions non négligeables. »

En évoquant ainsi la carrière politique de John Robarts, je me rappelle à quel point il a contribué à la cause de l’unité nationale, à l’évolution des droits de la personne, à nos ressources éducatives et culturelles, et plus généralement à la croissance et à l’expansion de cette province. Je considère, comme beaucoup d’autres, que c’est un privilège d’avoir connu cet homme et d’avoir travaillé avec lui.

Nous sommes honorés d’être ici aujourd’hui pour commémorer officiellement l’honorable John Parmenter Robarts, au nom de tous les Ontariens et Ontariennes, et pour célébrer le dévouement de ce grand homme d’État canadien au service des citoyens de cette province.

Je vous remercie.