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Soldats du Haut-Canada

Introduction

En 1811, le major-général Sir Isaac Brock fut nommé commandant militaire principal et membre principal du Conseil exécutif du Haut-Canada. Il lui incombait de gérer les défenses du Haut-Canada. Dès son entrée en fonction, Brock reconnut rapidement la vulnérabilité de la province. Il n'y avait que 5 600 soldats réguliers britanniques, dont 1 400 étaient cantonnés dans le Haut-Canada. Anticipant une guerre imminente avec les États-Unis, Brock commença à renforcer ces défenses. Il ne pouvait cependant pas faire grand-chose, compte tenu du temps, des ressources et du soutien politique dont il disposait alors. La seule chance qu'avait le Haut-Canada de résister à une invasion prolongée était l'aide des résidents de la province et des communautés autochtones voisines.

Les milices et les territoriaux

Brock savait que les défenses du Haut-Canada étaient inadéquates dans les mois précédant la guerre. Il aurait fallu davantage d'équipement militaire. Le Haut-Canada, étant principalement agricole, devrait acquérir l'équipement à l'extérieur de la province. À cette fin, George Prevost, gouverneur en chef et commandant des forces britanniques en Amérique du Nord, demanda à la Grande-Bretagne 10 000 mousquets, des centaines de sabres et de l'équipement pour la cavalerie. Prevost contacta également Sir John Sherbrooke, le commandant britannique dans les Maritimes, et demanda que des soldats et des fournitures fussent envoyés dans le Haut-Canada. Avec plus de fournitures militaires disponibles dans la province, on pouvait s'attendre à ce qu'un plus grand nombre de résidents prennent les armes. Quant à savoir si les Haut-Canadiens les utiliseraient pour se battre, c'était une tout autre question.

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Sir Isaac Brock. Ce tableau est une copie d'un portrait qui appartenait à John Savery Carey en 1897. Bibliothèque et Archives Canada, no d’acquisition 1991-30-1.

En 1811, la milice connut de nombreux problèmes. Elle était organisée selon les règlements de la Loi de Milice adoptée en juin 1793. Conformément à ces règlements, les hommes âgés de 16 à 60 ans devaient participer à un entraînement militaire annuel. Même si l'entraînement préparait les hommes à combattre, la milice était souvent utilisée dans des rôles logistiques, comme le transport de fournitures et la construction. Pour la milice qui se rassemblait pour l'entraînement une ou deux fois par an, l'occasion était souvent utilisée pour socialiser plutôt que pour se préparer à des combats de vie ou de mort. La fourniture d'équipement à la milice était également problématique, car les miliciens avaient tendance à « perdre » (c'est-à-dire à « vendre ») les mousquets qu'ils avaient reçus du gouvernement.

Brock était également préoccupé par la loyauté de la milice. Contrairement aux premiers colons loyalistes, les dizaines de milliers d'immigrants américains récents n'avaient pas encore prêté allégeance à la Couronne. Sans serment, Brock croyait que les résidents américains revendiqueraient la neutralité et ne répondraient pas à l'appel aux armes lors d'une invasion américaine. Un autre problème était qu'une personne servant dans la milice ne recevait pas d’indemnisation en cas de blessure ou de décès pendant le service. Pour cette raison, de nombreux hommes n'avaient aucune raison de prendre le risque de partir à la guerre et de laisser leur famille se débrouiller seule.

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Fusil à silex. Ce fusil a été utilisé par les soldats en 1812. CWM 19770467-014, Musée canadien de la guerre.

Pour rectifier la situation, Brock trouva du soutien au sein de la législature pour modifier la Loi de Milice. Parmi les changements réussis, on retrouva la restructuration des compagnies de la milice, de nouvelles dispositions accordant des concessions de terres pour les décès et les blessures, et l'autorisation de former deux compagnies de flancs-gardes de la milice pour chaque bataillon. Ces unités spéciales de la milice recevraient un entraînement supplémentaire et effectueraient des manœuvres plus avancées. Avec tous ces changements en place à la veille de la guerre, il y eut 1 800 miliciens semi-entraînés et environ 11 000 miliciens non entraînés.

En plus de la milice, les Haut-Canadiens eurent la possibilité de s'enrôler dans des régiments de territoriaux. Les territoriaux étaient des colons formés selon les normes militaires britanniques, mais leur déploiement était limité à l'Amérique du Nord. En guise de précaution contre une guerre imminente contre les États-Unis, Prévost autorisa la formation des Glengarry Light Infantry Fencibles en décembre 1811. Le régiment fut principalement recruté parmi les colons écossais du comté de Glengarry, à la frontière orientale du Haut-Canada. Toutefois, certaines recrues furent également sollicitées dans les colonies maritimes, y compris un petit nombre de Canadiens noirs. En mai 1812, environ 400 de ces troupes étaient en entraînement.

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John Marrion, Le régiment Glengarry Light Infantry Fencibles. MCG 19810948-014, Collection d’art militaire Beaverbrook, Musée canadien de la guerre.

Pendant la guerre, un autre type d'unité d'infanterie fut organisé – la Milice incorporée du Haut-Canada. En mars 1813, l'urgence d'obtenir des renforts entraîna de nouvelles modifications à la Loi de Milice. Ces modifications conférèrent au gouvernement du Haut-Canada le pouvoir de lever des compagnies de la milice incorporée, qui furent fusionnées en un seul bataillon. Contrairement aux autres milices, qui étaient souvent autorisées à rentrer chez elles pour les saisons de plantation et de récolte, on employa la milice incorporée pendant toute la durée de la guerre. L'armée offrait une prime en espèces pour encourager l'enrôlement et des concessions de terres à la démobilisation.

Les territoriaux, les compagnies de flancs-gardes et la milice incorporée s’avérèrent des combattants efficaces tout au long de la guerre. La milice régulière du Haut-Canada, cependant, ne fut pas fiable. Entre 1812 et 1815, environ 5 450 hommes servirent dans la milice, soit la moitié de ceux qui étaient admissibles. La milice qui s'était rassemblée au début de la guerre pouvait encore être peu fiable. Lorsque les milices de Kent et d'Essex se rassemblèrent pour combattre l'armée américaine qui envahissait le Michigan, la majorité déserta. Des centaines d'entre eux rejoignirent même l'armée américaine. Tout au long de la guerre, le taux de désertion fut en moyenne de 25 %.

Il est important de comprendre que les Haut-Canadiens n'avaient pas accompli leur devoir par opposition à la domination britannique ou par lâcheté. La priorité absolue d'un colon était de protéger sa famille de la famine. Étant donné que l'armée américaine professait des intentions pacifiques, de nombreux hommes de la milice ignorèrent l'appel aux armes et restèrent sur leur ferme. Ce faisant, ils éviteraient le danger d'être blessés ou tués au combat, échapperaient aux maladies rampantes qui ravageaient les campements de la frontière et s'occuperaient de leurs champs pour nourrir leur famille. Les conscrits qui ne se présentaient pas au rassemblement étaient conscients des conséquences, qui étaient relativement clémentes. En 1812, l'amende la plus élevée pour ne pas s'être présenté au travail était de 20 £, mais une ferme de 12 à 16 hectares défrichés (30 à 40 acres défrichés) pouvait produire des récoltes d'une valeur de plus de 100 £ en une saison. Par conséquent, certains conscrits étaient dans une situation où il était plus avantageux économiquement d'éviter le service. Les conscrits pouvaient également embaucher un remplaçant pour s'engager en leur nom, sans pénalité financière. Pour ces raisons, de nombreux conscrits considérèrent leurs obligations envers la milice d'un point de vue pragmatique.

Les soldats canadiens noirs

Le premier afflux important de colons noirs dans le Haut-Canada eut lieu en 1783, après la guerre d'indépendance américaine. Les loyalistes noirs qui avaient servi dans l'armée britannique reçurent des concessions de terres en Amérique du Nord britannique. La plupart des Noirs américains, cependant, arrivaient en tant que propriété de loyalistes blancs. Dans le Haut-Canada, une loi fut ensuite adoptée pour interdire l'arrivée de personnes asservies et donner aux Canadiens noirs nés dans la province le droit d'être des citoyens libres. Bien que les Canadiens noirs, en tant que personnes asservies ou citoyens, bénéficiaient généralement de plus de droits et de libertés que leurs homologues américains, ils continuèrent à faire face à des préjugés raciaux généralisés. Pendant la guerre de 1812, les Canadiens noirs furent parmi ceux qui s’engagèrent activement pour protéger leur foyer et empêcher un retour à l'esclavage sous le régime américain.

Les Canadiens noirs servirent dans plusieurs unités à travers l'Amérique du Nord britannique. Dans le Haut-Canada, ils servirent dans le régiment Glengarry Light Infantry Fencibles et la milice. Au début de la guerre, le chef de la communauté noire Richard Pierpoint demanda la permission de lever une compagnie entièrement noire, mais Brock rejeta sa demande. Puis, après qu'il fut devenu évident que la milice blanche ne se rassemblait pas en plus grand nombre, la formation d'une compagnie noire fut approuvée dans le cadre du 1er régiment de la milice de Lincoln. L'unité fut levée dans la région du Niagara et s'entraîna au fort George. Après avoir reçu un transfert de soldats noirs du 3e régiment de milice d’York, l'unité comptait 38 hommes à l'automne 1812. Avant de partir au combat, le commandement britannique écarta le capitaine Robert Runchey, un officier blanc et tavernier qui louait occasionnellement ses soldats noirs pour travailler comme domestiques. Le lieutenant James Cooper du 2e régiment de milice de Lincoln, un autre officier blanc, prit la place de Runchey.

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Richard Pierpoint, illustration de Malcolm Jones, 2005. 1.E.2.4-CGR2, Musée canadien de la guerre.

Le 1er régiment de milice de Lincoln fut déployé comme unité de combat dans la péninsule du Niagara. Il combattit aux côtés de l'unité de John Norton, composée de guerriers autochtones et de réguliers britanniques lors de la bataille de Queenston Heights. Aucune perte ne fut subie au cours de cette bataille, et les commandants britanniques félicitèrent le 1er régiment de milice de Lincoln pour son esprit de combat. Cependant, l'environnement impitoyable de la frontière aurait raison de l'unité. Au cours de l'hiver, les maladies réduisirent l'effectif de la compagnie à 30 soldats. Au printemps 1813, la compagnie, rebaptisée « Colored Corps » se battit à nouveau lors d'une attaque américaine sur le fort George. Un sergent fut blessé, Runchey et deux autres furent capturés, et deux hommes furent portés disparus au combat.

Le Colored Corps prouva son efficacité en tant qu'unité de combat tout au long des années 1812 et 1813. Il participa à des escarmouches, combattit sur les lignes de front, fut placé en garnison autour de fortifications et effectua des patrouilles. Malgré son efficacité, le Colored Corps changea de rôle au cours de la dernière moitié de la guerre. Après que les Britanniques eurent repris le fort George et le fort Niagara en décembre 1813, les fortifications étaient en mauvais état. Il y avait d'autres besoins logistiques, comme la création de nouveaux bâtiments à la base militaire de Burlington. Comme le recrutement pour le Corps of Provincial Artificers était difficile et que le Régiment royal des sapeurs et mineurs était toujours en route depuis l'Angleterre, le Colored Corps fut transformé en unité de construction. Cela coïncida avec les croyances discriminatoires de l'armée britannique, selon lesquelles les soldats noirs étaient plus aptes à travailler comme ouvriers. Les contributions du Colored Corps à l'effort de guerre britannique, dans le cadre de son rôle non lié au combat, furent essentielles, notamment la construction du fort Mississauga sur la rive nord de la rivière Niagara. Le fort joua un rôle essentiel dans la protection de l'armée britannique contre la marine des États-Unis sur le lac Ontario.

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Dévoilement de la plaque provinciale le « Colored Corps » (1994).

Les femmes

Bien que les femmes ne fussent pas autorisées à l'époque à s'enrôler dans l'armée, il n'était pas rare qu'elles voyageassent avec les unités militaires et qu'elles fussent cantonnées près des bases militaires ou à l'intérieur de celles-ci. Par exemple, les dossiers militaires indiquent qu'en mars 1814, il y avait entre cinq et douze épouses par compagnie dans la Milice incorporée du Haut-Canada. Certaines femmes obtinrent la permission de voyager avec leur mari pendant leur service. D'autres femmes se joignirent tout simplement à l'armée sans sanction officielle et amenèrent même leurs enfants. Les épouses des réguliers britanniques qui servaient à l'étranger accompagnaient plus couramment les unités militaires que les épouses des miliciens qui servaient localement.

Le logement dont bénéficiaient les femmes dépendait du rang de leur mari enrôlé. Les épouses des officiers supérieurs bénéficiaient du meilleur confort possible, y compris des carrosses et de grandes maisons avec des domestiques, si leur mari était cantonné dans des villes comme York. Les épouses des officiers de rang intermédiaire voyageaient à cheval. Mais si leur mari était muté dans un endroit éloigné, les conditions de voyage et de vie pouvaient être rudes. Les épouses des officiers subalternes et des soldats de rang ne bénéficiaient pas de mesures particulières. Elles devaient voyager à pied, dormir dans les tentes de leur mari et endurer des conditions difficiles. Comme certains soldats ne versaient pas de solde à leur famille, les femmes étaient obligées de rejoindre leur mari, sinon elles devaient compter sur une certaine charité pour éviter la misère. Les épouses des marins étaient rarement autorisées à accompagner leur mari sur un navire. Elles avaient plutôt tendance à vivre près d'un port.

Les commandants militaires décourageaient souvent leurs soldats de se marier et accordaient à contrecœur la permission aux femmes d'accompagner l'unité. Certaines femmes ignoraient cette formalité et rejoignaient malgré tout leur mari enrôlé. Les raisons pour lesquelles un commandant s'opposait à la présence de femmes dans son unité militaire étaient souvent nombreuses. Les femmes nécessitaient des aménagements et des provisions supplémentaires. En outre, certains commandants pensaient que les femmes provoquaient des conflits entre les soldats qui pouvaient conduire au vol et à la prostitution. Les commandants s'appuyaient également sur des croyances contemporaines très répandues selon lesquelles les femmes étaient fragiles et ne devaient pas vivre à proximité de zones dangereuses telles que les camps militaires.

Contrairement à ces opinions, la plupart des femmes s’avérèrent être des atouts pour les unités militaires qu'elles accompagnaient. Les activités criminelles étaient rarement un problème, et la présence des femmes pouvait améliorer le comportement des hommes. Les femmes remplissaient également des fonctions importantes, comme celles de blanchisseuses et de nettoyeuses. Elles travaillaient aussi comme infirmières et, de manière plus informelle, comme fournisseurs de soins de santé. S'occuper des malades et des blessés n'était pas sans risque d'infection et de maladie, ce qui entraînait parfois la mort. En tant qu'épouses, les femmes s'occupaient de leur mari en fournissant de la nourriture, en cousant et en rassemblant des fournitures. Dans des cas exceptionnels, certaines femmes accompagnaient les unités militaires sans leur mari et offraient des services contre rémunération ou vendaient des provisions en tant que marchandes.

Les normes de genre dominantes qui, pendant la guerre de 1812, soulignaient la fragilité et la vertu des femmes, les empêchaient de servir en tant que combattantes, mais faisaient également d'elles des agents de renseignements idéaux. En raison de ces normes de genre, les soldats américains étaient moins enclins à fouiller les femmes ou à les interroger. Par conséquent, les femmes étaient des agents idéaux pour voyager près de l'armée américaine et récupérer des renseignements sur leur position et leur force. Par exemple, en juin 1813, le capitaine William Merritt employa une femme âgée pour obtenir des renseignements sur la position de l'ennemi après la bataille de Stoney Creek. Les femmes étaient également utilisées pour livrer des messages et des fournitures, comme Anna Maria Grenville et Catherine Pool, toutes deux résidentes de Niagara. Agir en tant qu'agent n'était pas sans danger, car les femmes pouvaient être incarcérées, et il n'y avait aucune garantie quant à leur traitement. Malgré ces dangers, les femmes démontrèrent leur bravoure et leur sens du devoir pour protéger le Haut-Canada en acceptant des missions dangereuses tout au long de la guerre.

Les alliés autochtones

Brock et Prevost savaient que des renforts autochtones seraient grandement profitables pour la défense du Haut-Canada. Selon une estimation historique, il y eut jusqu'à 10 000 guerriers autochtones dans la région des Grands Lacs à cette époque. Cependant, l'obtention de renforts autochtones ne se limitait pas à la force numérique. Dès l'enfance, les hommes iroquoiens perfectionnaient leurs talents de chasseurs et de guerriers, ce qui leur permettait de traverser des terrains difficiles, de monter des embuscades, de faire des repérages, de mener des escarmouches, de se battre au corps à corps et d'utiliser des armes à feu avec une précision mortelle. Brock et Prevost n'avaient aucune garantie de recevoir le soutien militaire des communautés autochtones environnantes. La conquête américaine semblant inévitable au début de la guerre, peu de guerriers autochtones répondirent à l'appel aux armes.

Le premier groupe important de guerriers autochtones à s'allier aux Britanniques fut celui des Nations de l'Ouest. Leur confiance dans l'effort de guerre britannique découlait d'une surprenante victoire britannique au fort Michilimackinac (situé sur une île entre les lacs Michigan et Huron). Le chef shawnee Tecumseh et son frère Tenskwatawa, « le prophète », étaient déjà à la tête de guerriers contre les Américains. Ils espéraient former une confédération des nations autochtones de l'Ouest en protégeant leur terre ancestrale contre la marée envahissante du colonialisme américain. En 1811, les guerriers de Tecumseh furent attaqués par l'armée américaine et vaincus lors de la bataille de la Tippecanoe (située dans l'actuel Indiana). Après avoir appris le succès des Britanniques au fort Michilimackinac, Tecumseh et Tenskwatawa décidèrent qu'ils avaient tout à gagner à unir leurs efforts de guerre à ceux des Britanniques. Aux côtés de Tecumseh et de Tenskwatawa, 600 guerriers autochtones des communautés Miami, Shawnee, Delaware, Potawatomis, Ojibway et Odawa participèrent à la marche vers la guerre.

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Vue du village Mohawk (possiblement sur la rivière Grand), 1805. Une aquarelle d’un village autochtone, vraisemblablement des Mohawk. Cette œuvre est attribuée à Sempronius Streeton. Bibliothèque et Archives Canada, numéro d’acquisition : 1990-113 DAP, 00001, numéro de boîte : A186-01, numéro d’identification : 3636423.

Il fallut convaincre davantage les Six Nations sur le territoire de la rivière Grand et au sud des Grands Lacs de participer à la guerre. Brock dit au peuple de la rivière Grand que les Américains étaient impatients de prendre leurs terres et leur demanda de former trois compagnies de guerriers qui pourraient se relayer pour combattre dans la péninsule du Niagara. Cependant, les Six Nations sur le territoire de la rivière Grand et au sud des Grands Lacs se concertèrent et adoptèrent une position de neutralité. Elles convinrent qu'il était impératif d'éviter les effusions de sang et les fratricides afin de préserver la vitalité de leurs communautés. Les Six Nations au sud des Grands Lacs subirent également des pressions politiques parce que l'expansion coloniale limitait leurs moyens de subsistance et les rendait dépendants des rations alimentaires et des rentes américaines.

Bien que de nombreux chefs des Six Nations avaient initialement adopté une position de neutralité, les sociétés iroquoiennes avaient des structures politiques décentralisées, et la décision de participer appartenait à chaque individu. Les chefs des communautés de la rivière Grand, comme John Norton (Teyoninhokarawen) – un chef mohawk, interprète pour le gouvernement colonial et vétéran de l'infanterie britannique – exhortèrent les guerriers des Six Nations à se rallier aux Britanniques. Norton put rassembler un petit contingent de 60 guerriers pour se joindre à Brock alors qu'il marchait pour affronter le général William Hull qui envahissait le territoire du Michigan. La conviction de se battre parmi les guerriers de Norton fut si fragile que la moitié d'entre eux retournent à la rivière Grand avant de s'engager dans la bataille.

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Portrait du major John Norton (Teyoninhokarawen). Les peintures historiques représentant les peuples autochtones sont souvent chargées de stéréotypes coloniaux pernicieux. Le major John Norton était un officier colonial britannique d’ascendance européenne et cherokee, représenté ici dans une pose courante des officiers européens. CWM 19950096-001, Collection Beaverbrook d’art militaire, Musée canadien de la guerre.

Après la victoire décisive de Brock et de Tecumseh à Détroit, le soutien à l'effort de guerre britannique parmi les Six Nations évolua favorablement. Norton retourna sur le territoire de la rivière Grand, accompagné des Delaware, des Ojibway et d'autres guerriers des Nations de l'Ouest. Ils partagèrent les histoires de leur gloire au combat et parlèrent de créer un territoire autochtone fort et indépendant si les Américains étaient vaincus. Dans les semaines qui suivirent, les chefs de la rivière Grand commencèrent à appuyer la guerre contre les Américains. Peu de temps après, au moins 300 guerriers de la rivière Grand se joignirent à l'effort de guerre. Les Six Nations au sud des Grands Lacs commencèrent également à se joindre aux Britanniques dans l'espoir que le soutien britannique conduirait à la création d'un grand État iroquois indépendant à la fin du conflit.

Le peuple Akwesasne n'eut pas à choisir d'aller à la guerre, car les Américains choisirent pour eux. Situé sur le fleuve Saint-Laurent et coincé entre le Haut-Canada et New York, le village d'Akwesasne était un site d'importance stratégique. Le 1er octobre 1812, des soldats américains attaquèrent et occupèrent le village. Peu après, la milice canadienne mit en déroute les occupants américains, et 80 guerriers d'Akwesasne indignés se joignirent à l'effort de guerre britannique. Avec les Akwesasne, d'autres guerriers des Sept Nations se joignirent aux Britanniques, ajoutant une force substantielle de 800 guerriers.

Comme le craignaient de nombreux chefs autochtones et chefs de la paix, l'escalade de la guerre attira des milliers de guerriers dans la bataille. Le 5 juillet 1814, les Six Nations combattirent en tant qu'alliés des Britanniques et des Américains lors de la bataille de Chippawa, ce qui entraîna de lourdes pertes. Environ 100 guerriers des Six Nations furent tués, la plupart ayant combattu avec les Britanniques. Cette perte catastrophique anéantit la volonté de la plupart des guerriers des Six Nations de poursuivre leur engagement. Il fut difficile de maintenir l'argument selon lequel le combat était pour la survie de leur peuple quand tant de gens furent tués. Par ailleurs, l'ampleur des batailles continua d’augmenter, ce qui signifiait que les Six Nations subiraient sûrement d'autres pertes si elles continuaient à s'engager. Néanmoins, les alliés autochtones de la Couronne prouvèrent qu'ils étaient d'ardents défenseurs du Haut-Canada. Il est peu probable que la province aurait été en mesure de résister à l'invasion américaine sans leur soutien.

La marine

Alors que les Américains avaient l'avantage numérique sur terre, les Britanniques commencèrent la guerre avec un avantage sur l'eau. Les Britanniques avaient quatre navires de guerre sur le lac Érié. Le plus grand navire était le Royal George, avec vingt canons. Il avait un léger avantage sur le plus grand navire des Américains, l'Oneida et ses seize canons. Sur le lac Érié, les Américains n'avaient aucun navire armé, alors que les Britanniques avaient deux navires avec respectivement six et seize canons. Au cours de l'été 1812, les Britanniques lancèrent un troisième navire, le Lady Prevost, doté de douze canons.

Le maintien du contrôle des Grands Lacs grâce à une flotte de guerre supérieure était crucial, car il offrait de nombreux avantages stratégiques. Premièrement, le transport des troupes et des fournitures pouvait se faire plus efficacement qu'en utilisant les routes du Haut-Canada, alors peu développées. Deuxièmement, les navires permettaient des communications plus rapides entre les commandants, ce qui pouvait être un facteur décisif dans l'issue d'une campagne militaire. Enfin, l'avantage d'une flotte supérieure signifiait également que les navires de guerre pouvaient traverser les lacs en toute confiance pour lancer des attaques ou bombarder les positions ennemies. Pour ces raisons, le camp qui contrôlait les Grands Lacs eut souvent l'avantage dans la région environnante.

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Peter Rindlisbacher, Ennemi en vue, MCG 19910086-001, Collection d’art militaire Beaverbrook, Musée canadien de la guerre.

Les Britanniques commencèrent la guerre avec des flottes supérieures sur les lacs Ontario et Érié, mais, tout au long de la guerre, l'avantage passa d’un camp à l’autre. Au début du XIXe siècle, la Royal Navy britannique disposait de la marine la plus grande et la plus supérieure du monde. Des navires britanniques étaient toutefois nécessaires à cette époque pour maintenir les blocus navals contre la France et les États-Unis. En privant le gouvernement américain de ses recettes douanières à l'étranger, le blocus britannique menaçait de mettre les Américains en faillite et de les obliger à demander la paix. Par conséquent, la Royal Navy britannique serait incapable d'envoyer des navires dans le Haut-Canada. Par contre, certains membres de la marine furent envoyés en renfort. En mai 1813, les Canadas reçurent une force de 450 marins, 36 officiers et le commodore Sir James Lucas Yeo. Avec l'arrivée des officiers de la Royal Navy britannique, le commandement de la marine provinciale fut transféré de l'armée locale au commodore Yeo, qui fut nommé commandant en chef sur les Grands Lacs. Pendant le reste de la guerre, les Britanniques et les Américains se livrèrent à une course aux armements navals. De nouveaux navires de guerre furent construits chaque année, comptant une plus grande puissance de feu et des équipages plus nombreux. Les principaux ports des Britanniques étaient Kingston et York, tandis que les Américains construisaient leurs navires de guerre de l'Ontario à Sackets Harbor, dans l'État de New York, et ceux du lac Érié à Presque Isle, en Pennsylvanie.