Couch par couche — 2. Premier Parlement à travers les âges

Les terres de Tkaronto
Les peuples autochtones vivent sur ces terres depuis plus de 13 000 ans. La rive nord du lac Ontario constitue les terres traditionnelles des Wendat, des Haudenosaunee, des Anishinaabek et des Métis. Aujourd’hui, ces communautés et de nombreux autres peuples autochtones vivent toujours sur ces terres.
La ligne de rivage et les rivières ont créé un réseau pour les déplacements et le commerce. Le Toronto Carrying Place Trail est une route traditionnelle qui relie le lac Ontario au lac Simcoe et qui suit approximativement les rivières Humber et Rouge. Ces rivières, comme la rivière Don, étaient aussi importantes pour la pêche. Les terres étaient fortement boisées et marécageuses, avec un écosystème unique appelé la savane de chênes noirs couvrant le sol sablonneux le long de la rive du lac. Ces savanes produisaient des fruits, des baies et des noix pour la récolte et offraient des espaces ouverts pour la chasse.



Carte de la rive nord du lac Ontario montrant le bras de la rivière Rouge du Carrying Place Trail, les établissements Teiaiagon et Ganatsekwyagon, ainsi que le lac Simcoe (identifié Lac De Taronto). Cette carte aurait été dessinée par Louis Jolliet en 1673.
Les noms que nous utilisons encore dans cette région reflètent son importance traditionnelle pour les collectivités autochtones. Le nom autochtone Tkaronto signifie à peu près « là où les arbres se tiennent dans l’eau », dérivé de mots haudenosaunee et wendat. Le nom Ontario provient également d’un mot wendat ou haudenosaunee qui signifie « eau étincelante » ou « beau lac ».
Deux grands établissements autochtones ont existé dans la région au cours du 17e siècle. À l’ouest, Teiaiagon surplombait le cours inférieur de la rivière Humber. À l’est, Ganatsekwyagon se trouvait sur la rivière Rouge. Au début du 18e siècle, les Français arrivent dans la région. Ils établissent plusieurs forts et postes de traite pour élargir leur accès au commerce des fourrures. L’arrivée des Européens bouleverse le mode de vie des peuples autochtones qui vivent ici. Mais si le commerce des fourrures est florissant, les conflits et les maladies le sont aussi.
Les Britanniques ont revendiqué le contrôle de la région en 1763. Avec le controversé « achat de Toronto » de 1787, les Britanniques « achètent » les terres aux Mississaugas. L’achat a été renégocié en 1805, car la pérennité de l’accord initial n’était pas claire. Entre-temps, les Britanniques ont établi la ville de York. Les droits de pêche sur les ruisseaux et les rivières sont censés être accordés aux Mississaugas. Mais les Britanniques désignent les régions situées à l’est et à l’ouest du petit établissement comme terres de la Couronne, y compris le cours inférieur de la rivière Don et le ruisseau Taddle.
Au cours des siècles qui ont suivi, le paysage a radicalement changé. Il ne reste que de petites parcelles de forêt dans les parcs et les ravins. Bon nombre de rivières et de ruisseaux sont aujourd’hui enfouis sous la ville. Les rares qui subsistent ne sont plus propices à la pêche et sont trop peu profonds pour les canots.
Premier Parlement en session
La ville de York a été établie par les Britanniques en 1793. Elle est rapidement choisie pour devenir la capitale du Haut-Canada, en remplacement de Newark (connue aujourd’hui sous le nom de Niagara-on-the-Lake). Un terrain est choisi pour les édifices du Parlement sur les terres de la Couronne à l’est, dans un champ marécageux de faible altitude, près de l’embouchure de la rivière Don. La construction commence rapidement. Deux petits édifices en briques sont érigés. Chacun mesure environ 7 mètres (23 pieds) sur 12 mètres (39 pieds) et est espacé d’environ 20 mètres (66 pieds). Ils ont probablement un étage et demi de hauteur pour accueillir une petite galerie d’observation. L’édifice nord est destiné à l’Assemblée législative et l’édifice sud, au Conseil législatif. D’autres petits édifices sont situés à proximité pour les réunions des comités. Un blockhaus voisin est également construit pour abriter une petite garnison militaire.
Les premières réunions dans ces édifices du Parlement ont eu lieu en 1797. Les députés ne se réunissaient que pendant environ deux mois par année. Le reste du temps, les édifices étaient utilisés pour d’autres événements publics, notamment pour la congrégation anglicane avant la construction de leur église. La présence du Parlement a donné à la petite ville de York une certaine splendeur et importance. Mais les édifices eux-mêmes étaient modestes et situés en périphérie de la ville. Ils ont subi plusieurs réparations et améliorations au cours de la décennie suivante. Une passerelle couverte a été ajoutée en 1805 pour relier les deux édifices et un plancher en bois a été installé dans l’édifice nord.
Ces édifices du premier Parlement sont restés en place pendant 16 ans, jusqu’à la guerre de 1812. En 1813, les Américains envahissent York. L’armée britannique stationnée à York se retire après avoir fait exploser la poudrière du fort pour empêcher les Américains de s’emparer du fort. Les troupes américaines occupent alors la ville pendant quelques jours. Pendant cette période, elles pillent et incendient les édifices du Parlement et le blockhaus voisin.
Après la guerre, les édifices sont rapidement réparés et utilisés temporairement comme casernes. Ils accueillent ensuite brièvement de nouveaux immigrants. Dans la foulée de la guerre, les Britanniques envisagent de déplacer la capitale à Kingston. Mais les citoyens de la ville demandent le maintien de la capitale à York et la reconstruction des édifices du Parlement. En 1820, le Parlement est reconstruit. Le nouvel édifice se trouve entre les deux édifices plus anciens, les utilisant comme des ailes. Seulement quatre ans plus tard, le 30 décembre 1824, un incendie accidentel se déclare dans l’aile nord. L’incendie aurait été causé par une cheminée surchauffée. Le Parlement a été gravement endommagé par l’incendie et n’a jamais été reconstruit. York reste la capitale jusqu’en 1841, date à laquelle un nouvel édifice parlementaire, plus grand et plus moderne, est construit sur la rue Front Ouest.
Images :
Cette gravure de William Leney montre le blockhaus construit entre les édifices du Parlement et la rive du lac. (Photo : Bibliothèque publique de Toronto)
Ce croquis de la fin du 19e siècle montre à quoi pouvaient ressembler les édifices du premier Parlement au début des années 1800. (Photo : Toronto Public Library)
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Une époque derrière les barreaux
Lorsque le gouvernement du comté cherchait un endroit pour construire la troisième prison de Toronto, il a choisi le quartier du premier Parlement. Après l’incendie de 1824, le site a été laissé vacant. La construction de la prison a commencé en 1838 et s’est terminée en 1840. Le bâtiment se compose d’une tour centrale de cinq étages et de deux ailes latérales. La grande structure en pierre calcaire et en brique domine la région. Tous les récits la décrivent comme terne et morne, avec des murs simples et de petites fenêtres. On y emprisonnait des criminels, des débiteurs, des personnes considérées comme atteintes de maladies mentales et des personnes en attente d’un procès. En 1846, la prison comptait 70 hommes, femmes et même des enfants.
Photo : Cette aquarelle de John George Howard montre une vue sud du Third District Gaol (prison du troisième district) et du palais de justice prévu, mais jamais construit. Remarquez les bâtiments majestueux et la présence d’un moulin à vent, qui donne à la prison un air presque agréable. (Crédit : Toronto Public Library)
La prison est restée en service jusqu’en 1860. Par la suite, le bâtiment s’est délabré et la propriété a été louée à diverses personnes et entreprises, dont la Toronto and Nipissing Railway, qui a construit une gare de triage le long du côté sud du terrain. La Consumers’ Gas Company a finalement acheté le terrain. L’ancien bâtiment de la prison est resté abandonné pendant encore huit ans avant d’être finalement démoli.
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Plans architecturaux de 1883 du hangar à charbon de Consumers’ Gas
Photo : Archives publiques de l’Ontario
Alimenter la ville
La Consumers’ Gas Company de Toronto a acquis la propriété en 1879. Le site et les îlots environnants ont été aménagés en usine à gaz. La construction a commencé en 1888 et s’est achevée en 1889. L’usine produisait à la fois du gaz de houille et du gaz à l’eau pour l’éclairage et le chauffage de la ville en pleine expansion. La production de gaz a contribué à alimenter la croissance de Toronto, ce qui a entraîné une augmentation de la demande de gaz. Pour augmenter la capacité, plusieurs rénovations ont permis d’agrandir et de moderniser l’usine à gaz. Dans les années 1940, l’usine produisait chaque jour plus de 7 millions de pieds cubes de gaz de houille et de gaz à l’eau.
Ce site se prêtait au développement industriel en raison de la présence du chemin de fer voisin, le Toronto and Nipissing Railway; l’usine à gaz disposait d’une petite gare de triage au sud. Dans les premières années, la gare de triage contenait une grande plaque tournante, que l’on peut voir sur les cartes de l’époque. La liaison ferroviaire permettait d’acheminer le charbon et le pétrole vers l’usine. L’installation a d’abord été construite autour de l’ancienne prison, qui se trouvait à peu près au milieu de la propriété. Après la démolition de la prison, le sol a été pavé, créant ainsi une cour. Un embranchement ferroviaire traversait cette cour. Les deux longs bâtiments qui encadraient la cour servaient à la production de gaz. Le charbon était transporté dans l’ensemble de l’installation par des convoyeurs et des chariots.
Finalement, l’installation n’a pas été en mesure de répondre à la demande. Lorsque l’usine à gaz a été construite, on considérait qu’elle se trouvait à la périphérie de la ville. Mais après des années de croissance urbaine, l’usine était désormais solidement implantée au centre-ville et il n’y avait plus de place pour l’agrandir. Consumers’ Gas concentre alors son développement ailleurs. Peu à peu, l’usine à gaz du premier Parlement est abandonnée. En 1964, la propriété est vendue.
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Du 20e siècle à nos jours
Après la vente du site par Consumers’ Gas, celui-ci a été divisé en quatre propriétés. En 1964, toutes les propriétés abritaient des entreprises automobiles. Il s’agissait notamment d’un lave-auto, d’un concessionnaire d’automobiles, d’un poste d’essence et d’une franchise de location de voitures. La propriété la plus au sud appartenait à la ville et servait de stationnement public.
L’époque du premier Parlement n’a cependant pas été oubliée. L’état peu excitant de l’ancien siège du gouvernement n’est pas passé inaperçu. À la fin des années 1980, la Ville de Toronto a retenu les services d’Archaeological Services Inc. pour effectuer des recherches sur le site. Il leur a été demandé de déterminer si des vestiges du premier Parlement pouvaient subsister sous les siècles de béton. Ce n’est qu’en 2000 qu’une fouille archéologique a été effectuée. Malgré l’espace restreint et les délais impartis, la fouille a dépassé les attentes. Des artefacts datant de la période parlementaire ont été découverts. Il en va de même pour les vestiges des bâtiments eux-mêmes.
Encouragés par les découvertes de 2000, les pouvoirs publics ont de nouveau fait pression pour acquérir les trois propriétés. L’espoir était que le site et son histoire puissent être commémorés d’une manière ou d’une autre. Des membres de la collectivité, comme Rollo Myers et le groupe Citizens for the Old Town, les archéologues Ron Williamson et Archaeological Services Inc., ainsi que des membres de l’administration municipale, dont Pam McConnell, conseillère de la région, ont plaidé en faveur de ce résultat.
En 2005, l’une des propriétés a été acquise par la Fiducie du patrimoine ontarien. La pression s’est maintenue pour que la Ville de Toronto acquière les autres propriétés, ce qui s’est finalement produit. Plusieurs propositions d’aménagement ont été formulées, allant d’un parc à une bibliothèque en passant par des tours d’habitation. Entre-temps, le concessionnaire d’automobiles situé sur la propriété désormais publique a été temporairement transformé en centre d’interprétation. Une exposition y est organisée à l’occasion du bicentenaire de la guerre de 1812. Elle a été gérée par la Fiducie du patrimoine ontarien entre 2012 et 2014. Par la suite, l’industrie automobile a continué d’utiliser le site jusqu’en 2021, date à laquelle le gouvernement de l’Ontario a acquis l’ensemble de l’îlot pour Metrolinx et la construction prochaine du métro de la ligne Ontario. Metrolinx a repris les fouilles archéologiques de 2022 à 2024 dans la zone des édifices du premier Parlement. Archaeological Services Inc. est revenu pour étendre et achever les fouilles dans la zone des fouilles de 2000. Stantec Inc. a dirigé les fouilles sur l’ensemble de l’îlot et a terminé les découvertes de l’édifice sud du premier Parlement en 2024.
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