Couche par couche — 4. Qu’est-ce que l’archéologie?
L’archéologie joue un rôle majeur dans la connaissance de notre histoire. Les archéologues fouillent des zones d’activité humaine passée, appelées sites. Ces sites peuvent dater du siècle dernier, mais ils peuvent aussi remonter à des centaines, voire des milliers d’années. Les objets laissés sur ces sites sont appelés artefacts. Les archéologues y trouvent aussi parfois les ruines et les fondations d’anciens édifices. Les artefacts et les structures forment ensemble l’histoire physique des sociétés passées et présentes. C’est ce qu’on appelle le patrimoine culturel. En examinant tout cela, nous pouvons mieux comprendre les endroits où vivaient les gens du passé et la manière dont ils vivaient. Les fouilles peuvent nous apprendre beaucoup de choses que les livres et les documents ne peuvent tout simplement pas nous révéler, comme les dimensions des édifices et des fortifications, et les activités quotidiennes des gens.

Vidéo : Kara Annett et Laura Ludlow, étudiantes à l’Université de Toronto,
évoquent ce qui les a d’abord surprises dans le domaine de l’archéologie
La clé de l’archéologie est le processus de dépôt. Le dépôt est la façon dont les objets passent de l’appartenance à des personnes à leur présence dans le sol. Un objet peut être jeté ou mis au rebut. Un édifice peut être abandonné ou démoli. Un objet peut être perdu et oublié ou détruit et jamais récupéré. Lentement, avec le temps, le sol s’accumule au-dessus des objets déposés, les enterrant sous terre. Cela peut se produire naturellement, mais souvent les humains recouvrent le passé pour construire au-dessus.
L’archéologie est un outil important pour connaître l’histoire et le patrimoine. En Ontario, l’archéologie doit être pratiquée avant tout aménagement du territoire. Cela permet de s’assurer que tout patrimoine enfoui est découvert et étudié. En raison de l’importance du patrimoine culturel, les archéologues ont la responsabilité de faire preuve de diligence et de respect dans leur travail.
Cette section explique comment les archéologues font ce qu’ils font et comment nous pouvons utiliser ce qu’ils trouvent pour mieux comprendre le passé.

Dans ce profil de paroi datant de 2000, remarquez la différence de couleur et de texture de chaque couche. Les couches du haut sont les plus récentes et la couche du bas date d’avant la construction des édifices du premier Parlement.
Couches et stratigraphie
La stratigraphie est une technique scientifique qui permet aux archéologues de « lire » le sol en couches et de comprendre la formation des dépôts qui peuvent contenir des preuves du passé. Les humains construisent, déposent, détruisent, modifient et reconstruisent sans cesse, créant ainsi des couches dans le sol. Plus on s’enfonce dans le sol, plus le sol est ancien – et plus les objets que les archéologues peuvent y trouver sont anciens. Chaque couche, et les artefacts qui s’y trouvent, représentent une période de l’histoire. C’est un peu comme si vous prépariez un gâteau à plusieurs étages. Au fur et à mesure que vous montez le gâteau, vous ajoutez d’autres couches. La couche supérieure ne peut être ajoutée avant la couche inférieure. Lorsque le gâteau est terminé et que vous en coupez une part, vous pouvez voir toutes les couches empilées les unes sur les autres. Quand les archéologues creusent, ils peuvent clairement voir les couches de terre dans la paroi du trou. C’est ce qu’on appelle le profil de sol.
Toutefois, la stratigraphie des sites archéologiques est rarement aussi claire que les couches d’un gâteau. L’activité humaine, comme creuser les fondations d’un édifice, peut perturber la stratigraphie nette qui se trouve en dessous. Pour cette raison, il est important pour les archéologues d’organiser les couches qu’ils découvrent en fonction de la chronologie. C’est ce qu’on appelle le séquençage. Il aide les archéologues à comprendre l’ordre de l’activité sur le site. Lorsque les humains ont été actifs sur un site pendant des décennies ou des siècles, il peut rester peu de choses des couches antérieures, et il peut être difficile de comprendre la séquence complexe des couches.
C’est le cas du site du premier Parlement. Deux siècles de constructions urbaines se sont succédé au-dessus des ruines des anciens édifices parlementaires. Les archéologues craignaient qu’il ne reste plus rien. Pour creuser, ils ont choisi des endroits où l’activité nouvelle était minimale et, à leur grande surprise, ils ont trouvé une séquence de couches remontant jusqu’à l’époque du premier Parlement.
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Comment les artefacts sont datés
Une séquence fournit aux archéologues un ordre, mais pas de dates pour les couches. Les archéologues utilisent de nombreuses autres techniques pour dater une couche, notamment la comparaison, l’analyse d’artefacts et les essais scientifiques.
Avant même de commencer à travailler sur un site, les archéologues font des recherches. Ils examinent des photographies historiques, des peintures, des descriptions écrites et des cartes. Si ces sources comportent des dates connues, les archéologues peuvent les faire correspondre aux couches mises au jour. La comparaison entre le site archéologique et les documents historiques donne des indices sur la datation. Mais les documents historiques ne sont pas toujours exacts et peuvent manquer de détails. En outre, les documents historiques représentent rarement toutes les histoires. Des groupes entiers de personnes sont souvent exclus. Les archéologues ont besoin de plus que les documents historiques pour comprendre entièrement un site.
Les artefacts sont un autre moyen courant utilisé par les archéologues pour dater les couches. Ils le font en fonction des « artefacts diagnostiques » trouvés dans la couche, c’est-à-dire des artefacts qui présentent des caractéristiques distinctes et datables. Ces caractéristiques peuvent relier l’artefact à une période ou à une culture précise. Certains objets, comme les pièces de monnaie, portent la date de leur fabrication. Les archéologues n’ont trouvé aucune pièce de monnaie sur le site du premier Parlement. En revanche, ils ont mis au jour un jeton dit du « forgeron » en cuivre. Il s’agit d’une fausse pièce qui imite une pièce britannique frappée entre 1770 et 1775.
Les céramiques sont des artefacts diagnostiques courants. Les changements fréquents dans la technique de fabrication et les éléments de conception aident à les identifier et à les dater. Les types généraux de céramiques et les motifs particuliers de céramiques ont des dates de fabrication connues. Au premier Parlement, les archéologues ont découvert des céramiques britanniques anciennes. Il s’agit par exemple d’assiettes de faïence fine à motif Royal, connues pour avoir été courantes entre 1780 et 1815. Ils ont également trouvé des pipes à tabac en argile. Celles-ci présentaient un modèle précis, fabriqué entre 1825 et 1840.
Mais même les artefacts diagnostiques ne suffisent pas à dater avec certitude une couche. Ils ne constituent qu’une preuve des dates les plus anciennes possible pour une couche. Les objets peuvent rester en possession de quelqu’un pendant longtemps avant d’être déposés.
Selon ce que les archéologues trouvent, des méthodes plus spécialisées peuvent aider à la datation. Sur le site du premier Parlement, préservé sous les taches de solives en bois carbonisées se trouvait un sous-sol stérile et naturel. Les archéologues ont décidé de procéder à une analyse botanique de ce sol. Il contenait des graines et des échantillons de pollen datant d’avant la construction du site par les Britanniques. Ils ont comparé les quantités d’espèces colonisatrices envahissantes à celles d’espèces indigènes. Ils ont trouvé du matériel végétal correspondant à l’environnement local de la fin des années 1700. Tout édifice construit sur ce sous-sol a dû être construit plus tard.
En comprenant la stratigraphie, les archéologues peuvent déterminer quelles couches sont antérieures ou postérieures. Les archéologues peuvent dater approximativement une couche intermédiaire s’ils connaissent les dates des couches supérieures et inférieures. C’est ce qu’on appelle la datation relative. Plus les éléments de preuve s’alignent, plus les archéologues sont confiants dans leurs dates.
Les excavations archéologiques sont méthodiques. En Ontario, elles se font en quatre étapes. Tout d’abord, les archéologues effectuent des recherches de fond sur l’histoire et la géographie du site. Ils inspectent ensuite le site pour voir s’il contient des vestiges archéologiques. Ils peuvent parcourir le site à la recherche d’artefacts exposés ou creuser une série de petits trous appelés fosses d’essai. Parfois, ils utilisent des outils plus sophistiqués, comme des radars à pénétration de sol, pour analyser le sous-sol sans avoir à creuser. S’ils trouvent des vestiges archéologiques importants, ils passent alors à la phase de fouille.
Vidéo : Ron Williamson explique les méthodes utilisées en archéologie en Ontario
La troisième étape consiste en des fouilles limitées. Elles se concentrent uniquement sur les zones d’intérêt afin d’obtenir une meilleure idée des limites du site en termes de taille et de période. Si les archéologues trouvent non seulement des artefacts, mais aussi des éléments caractéristiques (par exemple, des fondations de bâtiments, des fosses, etc.), ils passent à la dernière étape. Au cours de cette dernière étape, ils procèdent soit à une fouille complète du site, soit à sa conservation. La conservation vise à protéger le matériel archéologique présent sur le site in situ. Mais si cela n’est pas possible, les archéologues fouillent et documentent l’ensemble du site.
Au Premier Parlement, les trois premières étapes ont été réalisées entre 1989 et 2011. La quatrième et dernière phase des travaux sur le site a débuté en 2022, lorsqu’il n’était plus possible de le conserver et que l’ensemble du bloc a dû faire l’objet de fouilles archéologiques.
Pour rester organisés, les archéologues travaillent dans des tranchées ou des unités carrées. Au fur et à mesure qu’ils creusent, ils numérotent chaque nouvelle couche. Il est important que les archéologues prêtent attention aux changements dans le type, la texture et la couleur du sol. Les taches dans le sol peuvent être le signe de quelque chose qui était là autrefois, mais qui a depuis disparu. Il peut s’agir d’un endroit où un trou a été creusé, où un poteau se trouvait autrefois, ou encore où des planches ont été brûlées, comme c’est le cas au Premier Parlement.
Les pelles et les truelles sont les outils les plus couramment utilisés pour réaliser des excavations minutieuses et précises. Lorsque les archéologues doivent creuser dans la roche ou le bitume, ils utilisent des excavatrices mécaniques. La terre excavée est tamisée à travers un tamis métallique pour en extraire les artefacts. En secouant le tamis, la terre passe à travers les petits trous, laissant derrière les objets plus gros. Les artefacts sont ensuite transportés au laboratoire pour être nettoyés et analysés. Les archéologues attribuent à chacun un numéro unique, qui indique le site et la couche d’où il provient.
La documentation est extrêmement importante en archéologie. Les archéologues consacrent environ dix fois plus de temps à la documentation qu’aux fouilles physiques. Une fouille modifie définitivement un site. Une fois que la terre, les artefacts et tout autre élément ont été déterrés, ils ne peuvent plus être remis exactement comme ils étaient. Les archéologues ne sont pas seulement responsables des artefacts qu’ils déterrent, ils doivent également documenter l’endroit où les objets ont été trouvés et la séquence des couches. La documentation est essentielle pour permettre aux générations futures de comprendre ce qui a été découvert. Pour ce faire, les archéologues prennent des photos, réalisent des croquis et prennent des notes sur le terrain, et sont tenus de rédiger des rapports sur les fouilles qui sont soumis au ministère compétent conformément à leur licence archéologique.
Outils et processus archéologiques
Archéologie autochtone
Aujourd’hui, la collaboration avec les collectivités autochtones est un élément important de l’archéologie en Ontario. Les collectivités autochtones participent à l’archéologie de leurs ancêtres et de leurs territoires traditionnels. Les peuples autochtones devraient pouvoir interpréter et gérer leur propre patrimoine. Mais il faut reconnaître que cela n’a pas toujours été le cas et que les collectivités autochtones n’ont historiquement pas été consultées par les archéologues. À l’avenir, les archéologues devront respecter les terres et le patrimoine culturel autochtones.
Les collectivités autochtones apportent également une contribution importante à l’archéologie. Les connaissances traditionnelles sont extrêmement précieuses, en particulier lorsque l’on travaille avec du matériel autochtone. Des représentants des Nations, appelés représentants de liaison locaux, sont souvent présents sur les sites archéologiques. Ils contribuent à maintenir une relation forte entre les archéologues et leur collectivité. Au premier Parlement, pendant les fouilles de 2022 à 2024, plusieurs Premières Nations étaient représentées sur le site.
Défis liés aux fouilles
L’archéologie peut être un processus difficile. L’utilisation d’outils appropriés et le respect de procédures adéquates peuvent aider. Les sites archéologiques sont imprévisibles, et aucune fouille n’est à l’abri d’une surprise. Les artefacts et les éléments eux-mêmes peuvent également constituer un défi. Certains objets sont si grands ou si délicats qu’il est difficile de les manipuler. Dans d’autres cas, les matières mises au jour peuvent être dangereuses pour les archéologues. Cela peut rendre les fouilles sur des sites urbains ou industriels denses particulièrement difficiles.
Le site du premier Parlement n’a pas été épargné par les difficultés. Les activités de la période de Consumers’ Gas et des entreprises automobiles ont contaminé le sol. Les matières dangereuses créent des conditions de travail difficiles pour les archéologues. Il faut prendre plus de temps et de précautions pour les enlever avec soin. Même si les retards qui en découlent peuvent constituer un défi, la sécurité doit demeurer la priorité absolue. L’environnement peut également constituer un défi. Le mauvais temps peut poser un problème de sécurité, tant pour les archéologues que pour le site. Travailler dans des conditions difficiles – qu’il s’agisse de pluie, de chaleur ou de neige – peut être dangereux. Les archéologues n’ont souvent pas d’autre choix que d’attendre que les conditions météorologiques extrêmes passent. Les conditions difficiles entraînent également l’usure et l’érosion du site. Cela peut endommager la stratigraphie et les objets qui se trouvent dans le sol. Malgré tout, il arrive que les fouilles se poursuivent toute l’année. C’est particulièrement difficile au Canada. La neige, les températures glaciales et la mauvaise visibilité rendent les fouilles hivernales difficiles et dangereuses.
Sur le site du premier Parlement, les fouilles menées par Metrolinx entre 2022 et 2024 se sont poursuivies tout au long de l’hiver. De grandes structures de tentes ont été installées sur le site. Les archéologues ont ainsi pu travailler en toute sécurité par temps froid. Les tentes empêchent la neige et le vent de nuire aux archéologues et au site. À l’intérieur, des appareils de chauffage gardent l’espace au chaud pour éviter que le sol (et les archéologues) ne gèle. Enfin, de grands plafonniers assurent la luminosité de l’ensemble du site.
Vidéo : Regardez l’archéologue Patrick Hoskins parler de certains des défis posés par les fouilles en hiver et en été
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