Couch par couche — 5. Apprendre grâce aux artefacts
L’une des parties les plus excitantes du travail sur un site de fouilles est la découverte d’artefacts. Les archéologues trouvent rarement des objets intacts. Mais même des fragments du passé peuvent être des découvertes passionnantes. Les plus petits tessons peuvent nous en apprendre beaucoup sur la façon dont les gens utilisaient le site et nous donner un aperçu de leur vie. Les artefacts aident également les archéologues à dater les différentes couches afin de comprendre la manière dont elles ont été créées et les raisons pour lesquelles elles l’ont été.

Vidéo : Regardez l’archéologue Heather Kerr présenter quelques artefacts découverts
lors de fouilles effectuées en 2023 sur le site du premier Parlement
Un site aussi chargé d’histoire que le premier Parlement présente une grande variété d’artefacts. Les archéologues ont trouvé des objets de la vie quotidienne comme des assiettes, des boutons et des pipes. Ils ont également trouvé des balles de mousquet et des matériaux de construction. Ces artefacts nous renseignent sur le site. Mais plus encore, ils nous renseignent sur les personnes qui y ont vécu et travaillé. Les noms de ces innombrables personnes ne figurent peut-être pas dans les documents historiques. Mais les objets qu’ils ont laissés derrière eux nous permettent d’en savoir plus sur eux.
Les objets découverts sur un site peuvent suggérer ce que les gens y faisaient. Des assiettes à motifs peuvent témoigner d’une certaine richesse et servir à recevoir des invités. Les fragments d’os peuvent nous renseigner sur le régime alimentaire des gens. Les artefacts peuvent également montrer l’incidence des tendances historiques générales sur un site. Les pièces de monnaie peuvent montrer la façon dont les colons introduisent une nouvelle monnaie dans l’économie existante. Les briques portant des timbres d’usine témoignent de l’existence d’une industrie et d’un commerce.
Dans cette section, nous explorons certains des artefacts découverts sur le site du premier Parlement. Ils brossent un tableau de la vie pendant la période parlementaire et au-delà.
Vidéo : L’archéologue Eva MacDonald partage avec Ron Williamson un artefact spécial mis au jour sur le site du premier Parlement en 2023
La vie quotidienne à travers les époques
Ce que nous considérons aujourd’hui comme des déchets est une fenêtre ouverte sur la vie quotidienne des gens du passé. La plupart des objets trouvés sur les sites archéologiques sont des restes de la vie d’autrefois. Ce que les gens considéraient comme des déchets révèle des renseignements sur leur vie quotidienne. De quelle manière les gens réparaient-ils leurs vêtements? Que mangeaient-ils pour le souper? Nous pouvons en apprendre davantage sur le régime alimentaire, la situation économique, le commerce, le comportement et d’autres éléments de la vie quotidienne qui ne sont pas toujours consignés dans l’histoire écrite.
Une ébauche à boutons et quelques boutons en os ont été récupérés de la période de la prison sur le site. Les détenus avaient des ressources limitées et peu d’accès au monde extérieur. Il est possible qu’ils aient utilisé les os de leur nourriture pour sculpter des boutons de rechange. La fabrication de boutons en os était peut-être aussi un travail rémunéré que les détenus pouvaient effectuer à l’intérieur de la prison. Cette ébauche à boutons a dû être sculptée à la main à l’aide d’un couteau et d’un outil à poinçonner ou d’une alène. Elle a ensuite été façonnée, polie et cousue.
L’ébauche à boutons, et les boutons qui en découlent, provenaient des côtes d’un bœuf ou d’un grand mammifère. Ces animaux nourrissaient les gens à l’intérieur des murs de la prison. De nombreux os portent des marques de scie du boucher et des marques de morsure de rongeurs, nous rappelant toutes les créatures qui ont habité la prison. Les os suggèrent que la prison réduisait ses coûts en nourrissant les détenus avec des morceaux de viande moins chers provenant d’animaux âgés, ou avec de la soupe faite à partir d’os bouillants.
Fumer du tabac était populaire tout au long du 19e siècle. Nous voyons ici divers fragments de pipes datant approximativement du début jusqu’au milieu du 19e siècle. Les pipes en argile se cassaient souvent et étaient jetées, et nous en avons aujourd’hui les restes. À la fin du 19e siècle, fumer des cigarettes est devenu à la mode, et les pipes sont devenues de moins en moins courantes. Les cigarettes étaient plus pratiques et voyageaient mieux que les pipes. Le déclin de cette popularité peut expliquer pourquoi ces pipes disparaissent des archives archéologiques dès le début du 20e siècle.
La monnaie était un élément important de l’économie quotidienne des habitants du Haut-Canada. Ce jeton dit du « forgeron » ressemble beaucoup à une pièce de monnaie authentique, mais il est contrefait. Ce type de jetons était une fausse monnaie dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord. Un forgeron l’a fabriqué pour qu’il ressemble à la pièce de cuivre royale anglaise du roi George III, frappée entre 1770 et 1775. Cet exemplaire semble dater d’environ 1835. Les archéologues ont trouvé ce jeton dans une couche datant de la période de la prison. Il est possible qu’il ait circulé pendant plusieurs décennies avant d’être déposé sur le site. La production de fausses pièces de monnaie était dangereuse. Les artisans habiles marchaient sur une ligne délicate et risquaient d’être accusés du crime de contrefaçon.
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Il y a deux siècles, le monde n’était pas aussi interconnecté qu’aujourd’hui. Les communications étaient lentes. Il fallait des semaines pour que les messages traversent le pays, et encore plus de temps pour ceux qui venaient de l’étranger. Pourtant, la communication entre le Haut-Canada et l’Angleterre était un élément important de la vie quotidienne, avec une correspondance et un commerce réguliers. Ce lien se manifeste également de manière plus subtile, par exemple dans la mode et les styles.
Par exemple, des récipients en céramique de toutes sortes ont généralement été apportés d’Angleterre par les colons qui ont immigré dans le Haut-Canada et étaient également disponibles à l’achat à York (Toronto).
La poterie à décor au décalque était une technique de décoration populaire en Angleterre aux 18e et 19e siècles. Il existe de nombreux fragments de céramique à décor au décalque de la période parlementaire et de la période de la prison. La présence de cette poterie dans le Haut-Canada témoigne des liens qui unissaient la province à l’Angleterre. En tant que forme de production de masse, ce style et cette technique ont traversé l’océan Atlantique.
Une tendance similaire est observée pour les pipes « TD ». Il s’agit d’un style de pipe à tabac datant de l’Angleterre du 18e siècle, fabriqué pour la première fois par le pipier londonien Thomas Dormer, qui a été copié, fabriqué et commercialisé au Canada au cours du 19e siècle.
Des moyens de communication plus traditionnels sont également représentés sur le site du premier Parlement. Un fragment d’encrier en grès a été découvert. L’écriture comme forme de communication était un élément important des activités quotidiennes sur le site à toutes les époques.
Fabrication et industrie du passé
Les artefacts nous invitent à réfléchir non seulement à leurs propriétaires, mais aussi à leurs fabricants. Qui les a conçus, combien de temps a-t-il fallu pour les fabriquer et d’où provenaient les matériaux?
Les édifices du Parlement ont été construits avant l’industrialisation généralisée. Presque tous les matériaux de construction, des briques aux clous, ont été fabriqués à la main sur place ou obtenus auprès de fabricants locaux. Le clou en fer forgé, la brique faite à la main et la fenêtre en verre soufflé que l’on voit ici témoignent des premiers fabricants de l’époque à York et à Toronto.
Lors des fouilles de 2000, 341 tessons de céramique ont été récupérés dans la zone des dépôts provenant de l’incendie du premier Parlement.
La faïence fine est l’un des premiers types de céramique trouvés à York entre les années 1790 et 1830. Ce type de céramique se caractérise par une faïence fine avec une glaçure. La glaçure apparaît en jaune ou en vert dans les crevasses des récipients en céramique, comme le pied annulaire. Il s’agit de l’une des pièces de vaisselle les plus courantes de la seconde moitié du 18e siècle. Plus de 55 pour cent des céramiques dans cette région étaient des tessons de faïence fine. Des tessons de bord à motif Royal ont été trouvés, unis et non décorés.
Les tessons de céramique à faïence à pâte siliceuse représentaient 18 pour cent de l’ensemble des céramiques récupérées en 2000. Il s’agit d’une pâte de couleur crème avec une glaçure contenant un peu de cobalt, ce qui lui donne une teinte bleutée. La période de production de ces tessons de céramique se situe entre 1800 et 1830.

Une des balles de mousquet en plomb découvertes près des fondations des édifices du premier Parlement en 2023
L’armée britannique au premier Parlement
L’armée britannique a joué un rôle important dans la ville de York au cours de ses premières années d’existence. Bien que les soldats aient été principalement basés à Fort York, la vie en ville a été affectée par la présence militaire. Pendant la guerre de 1812, de nombreux citoyens ont formé des milices locales ou ont participé à l’effort de guerre d’autres façons. Des traces de l’armée britannique sont même présentes sur le site du premier Parlement.
Deux balles de mousquet ont été découvertes à quelques mètres seulement des fondations de l’édifice sud du Parlement. Elles sont faites de plomb et étaient chargées à l’avant du canon d’un mousquet. À l’époque, les fusils utilisaient une technologie appelée « silex ». L’allumage de la poudre à canon derrière la balle la propulsait vers l’avant. Les archéologues ne savent pas exactement comment ces objets ont été déposés ici. Elles ne portent pas non plus les marques de poudre à canon typiques qu’une boule de mousquet reçoit lorsqu’elle est tirée.
Vidéo : Les archéologues Eva MacDonald et Ron Williamson discutent des balles de mousquet découvertes en 2023
Sur ce bouton en laiton, vous pouvez voir trois canons sous trois boulets de canon. Le propriétaire était membre du Royal Artillery Regiment de l’armée britannique. Ce modèle particulier a été fabriqué entre 1790 et 1802, date à laquelle un nouveau modèle l’a remplacé. Mais les soldats ont continué de porter ces anciens boutons au Canada jusqu’à la guerre de 1812. Au début de la guerre, quatre compagnies du Royal Artillery étaient réparties dans les forts et les armées du Canada. Seules 13 d’entre elles étaient à York, toutes probablement en garnison au fort. Comment le bouton s’est-il retrouvé sur le site du premier Parlement?
Vidéo : Les archéologues Eva MacDonald et Ron Williamson discutent du bouton militaire découvert en 2023
Ces artefacts témoignent de la présence de soldats au premier Parlement. Mais ils nous amènent à nous interroger sur le moment et la raison de leur présence. La ville était petite lorsque les édifices du premier Parlement ont été construits. Il est possible qu’ils aient été, comme le fort, construits au moins en partie par des soldats et des ingénieurs militaires. Le blockhaus, construit quelques années plus tard, était un signe de l’armée britannique. Il abritait une garnison de quelques soldats ou officiers professionnels. Après l’occupation américaine, les Britanniques sont retournés à York. Ils ont rapidement reconstruit les édifices du Parlement en ruine et les ont brièvement utilisés comme casernes. Le bouton et les balles de mousquet ont probablement été déposés ici au cours de ces événements. Le premier Parlement, à cette époque, était aussi un espace pour la vie quotidienne des soldats. Par ailleurs, les artefacts représentent le contrôle britannique sur l’Amérique du Nord par l’intermédiaire de son armée. Ils montrent les liens entre l’impérialisme et la fondation du pays.
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