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Raconter les récits autochtones : Des étudiants de Trent proposent de nouveaux récits pour réinventer les plaques historiques

Plaques redessinées par des étudiants de l'Université Trent

Plaques redessinées par des étudiants de l'Université Trent

Photo : Université Trent

Date de publication :
juin 22, 2026

Le patrimoine autochtone, La communauté

HM Monogram

Partout au Canada, les plaques historiques mettent souvent en valeur la vie et les activités des premiers colons européens, négligent la présence autochtone ou font parfois référence aux Autochtones uniquement à travers le prisme des colons. Ces récits marginalisent l’histoire des Autochtones, les rendant largement invisibles dans les commémorations publiques.  

Dix ans après le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR) de 2015 et les 94 appels à l’action correspondants, un éventail de plus en plus large d’histoires sur le passé sont racontées par la commémoration historique, les médias et les programmes d’études provinciaux et territoriaux. Les progrès ont toutefois été lents, et de nombreux Canadiens continuent d’obtenir leur diplôme d’études secondaires avec peu ou pas de connaissance du passé colonial et des réalités contemporaines subséquentes, de l’existence et de l’importance des traités entre les nations autochtones et la Couronne britannique et l’État canadien, des violations répétées de ces traités par le gouvernement canadien ou des répercussions profondes de la Loi sur les Indiens. Ces angles morts de l’histoire au Canada signifient que nous ne parvenons souvent pas à confronter les vérités inconfortables de notre passé, un échec qui limite notre capacité à comprendre pleinement notre présent.

 

En réponse au rapport de la CVR, l’Université Trent a instauré une mesure exigeant la réussite d’un cours à contenu autochtone à l’automne 2018, en veillant à ce que tous les étudiants de premier cycle suivent au moins un cours d’un demi-crédit provenant d’une liste approuvée de cours à contenu autochtone. Indigenous Studies (INDG) 1001 est le cours à contenu autochtone offert à Trent ayant le plus d’inscriptions. Il propose aux étudiants une introduction à l’histoire autochtone et aux enjeux contemporains tout en explorant des sujets comme la résistance autochtone, les traités et les répercussions de la colonisation.

Pour aider les étudiants à réfléchir à la mémoire historique publique et à appliquer les concepts enseignés dans le cours, un travail axé sur les plaques historiques a été ajouté au cours. Les plaques sont un outil utile, car elles offrent une description concise d’un lieu précis. Mais elles peuvent également omettre des histoires importantes du passé, particulièrement en ce qui concerne la présence, l’agentivité et la perspective des Autochtones. L’utilisation de plaques encourage les étudiants à s’interroger sur les récits historiques dominants dans leurs propres territoires d’origine et à explorer l’histoire autochtone et les conceptions contemporaines souvent éclipsées. Ce travail demande aux étudiants de choisir une plaque provinciale de l’Ontario de leur communauté, d’évaluer de façon critique le récit présenté et de proposer un texte pour un récit alternatif à partager. Dans la confection de leur nouvelle plaque, les étudiants sont encouragés à mettre en valeur la présence, les perspectives et les contributions des Autochtones.

Les enseignants de Trent ont constaté que l’exercice sur les plaques provinciales offrait aux étudiants un moyen stimulant d’interagir avec les récits historiques et de réfléchir au pouvoir des récits dans le façonnement de notre compréhension du passé et du présent. Ce travail a également permis aux étudiants de déterminer quelles voix sont omises des récits historiques dominants et comment les histoires du passé peuvent être partagées de façon plus inclusive et constructive. Le travail a évolué en une façon constructive pour les étudiants d’analyser la façon dont l’histoire publique est construite, d’imaginer d’autres récits et de produire de nouveaux textes de plaque qui mettent en lumière l’agentivité, la mobilisation, la résistance ou la résurgence des Autochtones.

L'événement « Indaanikesidoonaa Indaadibaajimowinan : Enrichir les histoires que nous racontons »

L'événement « Indaanikesidoonaa Indaadibaajimowinan : Enrichir les histoires que nous racontons »

Photo : Université Trent

Tout au long de l’automne 2024, des professeurs de la Chanie Wenjack School for Indigenous studies de Trent se sont associés à la Fiducie du patrimoine ontarien pour accompagner les étudiants dans le cadre du projet de plaques provinciales. Au cours du semestre, le personnel de la Fiducie a appuyé le travail en fournissant des rétroactions sur le travail des étudiants et un cours magistral par conférencier invité sur la commémoration provinciale. La collaboration a également mené au projet « Indaanikesidoonaa Indaadibaajimowinan : Enrichir les récits que nous racontons », un événement durant lequel les étudiants ont présenté leurs plaques réinventées et qui visait à encourager les conversations réfléchies sur la commémoration des histoires, des territoires et des cultures autochtones partout dans la province. Bon nombre de ces plaques sont maintenant exposées sur un site Web afin de poursuivre les conversations sur l’approfondissement de notre compréhension collective des complexités et des possibilités en matière de commémoration de l’histoire autochtone en Ontario.

Devon Jacobs en compagnie de la rectrice et vice-chancelière de l'Université Trent, Cathy Bruce.

Devon Jacobs en compagnie de la rectrice et vice-chancelière de l'Université Trent, Cathy Bruce.

Photo : Université Trent

Devon Jacobs, qui est membre de la nation des Michi Saagiig Nishnaabeg de la Première Nation de Curve Lake et qui a suivi le cours INDG 1001, réfléchit à son expérience concernant l’activité sur les plaques historiques :

Nous avons été encouragés à explorer au-delà de la salle de classe, à chercher des plaques et à disséquer les récits documentés présentés au public. Ayant grandi dans la Première Nation de Curve Lake, j’ai demandé conseil à d’autres membres de la communauté sur la façon d’aborder ce travail. J’ai été encouragé à explorer le monument de Smith Town Hill sur le chemin Parkhill à Nogojiwaanong (Peterborough). J’ai été stupéfait de découvrir que toute reconnaissance de la Nation Michi Saagiig avait été omise au profit du récit de la découverte par les colons. J’ai ressenti une certaine frustration personnelle en raison du manque d’honneur et de respect envers mes ancêtres. J’ai choisi de faire de cette plaque le centre de mon analyse et de proposer un récit pour une plaque différente qui met aux premiers plans les relations des Michi Saagiig Nishnaabeg avec notre territoire tout en discutant du Traité no 20, qui a permis aux Européens de s’établir à Nogojiwaanong et dans les environs.

Un an plus tard, ce travail a eu des effets profonds et durables sur moi. Demander conseil à ma communauté m’a permis de tisser des liens avec certains de ses membres. De plus, lorsque je tombe sur des monuments ou des plaques, j’analyse les récits racontés et je réfléchis aux éléments qui pourraient être manquants. Par-dessus tout, je comprends mieux le territoire où j’ai grandi. Je peux honorer mes ancêtres de façon plus appropriée et efficace grâce aux connaissances partagées. L’activité sur les plaques historiques se démarque parce qu’elle a été conçue pour susciter des discussions constructives et encourager les recherches avec un intérêt historique local pertinent. Pendant mon séjour à l’Université Trent, ce fut de loin l’expérience la plus stimulante et la plus percutante que j’ai vécue en tant qu’étudiant, et je suis fier du projet que j’ai réalisé.

Talia Symington-Kruus et d’autres étudiants. 

Talia Symington-Kruus et d’autres étudiants. 

Photo : Université Trent

Talia Symington-Kruus a terminé le cours INDG 1001 à l’automne 2024 et offre les perspectives suivantes sur les récits historiques et l’activité sur les plaques historiques :

La terre connaît la vérité, la vit, la garde et s’en souvient. Nous connaissons les vérités qui nous sont enseignées — les histoires écrites et documentées, un mélange de vérité, de récits sélectifs, de préjugés et de perspectives transmis d’une génération à l’autre. Ces récits peuvent être des passerelles vers la connexion avec la terre, à condition de refléter la pleine vérité de toutes les personnes et expériences enracinées dans ce lieu. L’histoire « canadienne » repose sur des perspectives colonialistes et des préjugés universitaires. Mais au fur et à mesure de leur évolution, la façon dont nous apprenons et partageons l’histoire doit également évoluer. Les plaques sont une façon de faire une rencontre avec l’histoire partout en Ontario et de nous rapprocher des lieux où nous vivons. Elles ont le potentiel de refléter la vérité de la terre lorsqu’elles sont rédigées avec soin et qu’elles représentent toutes les personnes concernées. Ce travail nous a donné, en tant qu’étudiants, l’occasion d’agir en tant que gardiens de la vérité, en utilisant à la fois les connaissances que nous avons acquises et celles que nous continuons de découvrir. J’ai choisi d’écrire une plaque sur le traité de Manitoulin de 1836, un processus qui m’a permis de m’intéresser à la vérité du territoire et de réfléchir à mes responsabilités en tant qu’occupante de l’île de la Tortue. Des projets comme celui-ci nous aident à contribuer au travail continu de promotion de la vérité et de responsabilisation en remettant en question les récits dominants et en partageant des récits qui reconnaissent la riche et complexe histoire de la terre maintenant connue sous le nom d’Ontario.

Dans l’ensemble, ce projet continue de partager des histoires qui mettent l’accent sur les perspectives, les expériences, la résistance et la résurgence des Autochtones comme moyen de faire progresser une compréhension plus inclusive et complète des réalités historiques et actuelles. Le processus de recherche, d’écriture et de partage de ces histoires crée une expérience d’apprentissage expérientiel et participative où les étudiants développent et approfondissent leur conscience historique. L’enrichissement des récits commémoratifs pour y inclure les perspectives autochtones encourage une réflexion critique sur le passé du Canada et appuie le travail continu de promotion de la vérité.


En savoir plus sur Indaanikesidoonaa indaadibaajimowinan : Enrichir les récits que nous racontons

Indaanikesidoonaa indaadibaajimowinan : Enrichir les récits que nous racontons s’inscrit dans un partenariat continu avec l’Université Trent et la Fiducie du patrimoine ontarien, qui explore l’histoire et les expériences autochtones dans le cadre du programme de plaques provinciales de la Fiducie. Alors que notre partenariat prend de l’ampleur, nous nous réjouissons à l’idée de travailler avec des étudiants des niveaux postsecondaire et secondaire pour accueillir les points de vue sous-représentés et façonner l’avenir du Programme provincial des plaques. Nous sommes reconnaissants envers la Canada Vie qui continue de parrainer le programme de la Stratégie jeunesse de la Fiducie.

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