Un endroit où la nature peut s’épanouir
Vous êtes-vous déjà demandé comment se fait la protection du patrimoine naturel sur les terres privées? Comment les propriétaires fonciers peuvent s’assurer que la nature, la biodiversité et les caractéristiques naturelles uniques de leurs propriétés sont préservées pour les générations à venir?
La Fiducie du patrimoine ontarien (la Fiducie) joue un rôle unique dans la protection du patrimoine ontarien. Parmi les outils de protection à la disposition de la Fiducie, il y a les servitudes de conservation, qui protègent les ressources patrimoniales naturelles, culturelles et archéologiques importantes à l’échelle provinciale. Autorisées en vertu de l’alinéa 10(1)c) de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario, les servitudes de conservation sont un outil précieux pour les Ontariens qui souhaitent préserver à perpétuité les caractéristiques patrimoniales uniques de leurs propriétés.
Il y a un lien intuitif et tangible entre les êtres humains et la terre. Une servitude de conservation peut aider à sauvegarder cette relation. Elle peut inclure également la protection écologique en veillant à ce que les caractéristiques naturelles d’importance, les écosystèmes menacés propres à la région et la flore et la faune en danger perdurent et prospèrent.
Par l’entremise de ces accords volontaires, les propriétaires fonciers s’engagent à respecter des ententes ou des engagements précis qui limitent certaines activités ou en autorisent d’autres à condition d’obtenir l’approbation de la Fiducie, tout en veillant à ce que les décisions concernant les changements ou les ajouts à un bien protégé par une servitude appuient la conservation à long terme. Ces engagements sont enregistrés sur le titre et s’appliquent au bien-fonds, ce qui signifie qu’ils doivent également être respectés par tous les futurs propriétaires.
La protection des terres au moyen d’une servitude de conservation permet de protéger le patrimoine naturel unique à perpétuité. La terre devient un espace où la beauté de divers écosystèmes — et la vie qu’ils soutiennent — peuvent être vécues et comprises.
Récemment, j’ai parlé avec Ed Fletcher et Heather Jamison de la région de Sydenham, qui viennent de signer une servitude de conservation avec la Fiducie pour protéger leur propriété. Je leur ai demandé ce qui les a inspirés à s’embarquer dans cette voie et ce qui rend leur propriété si spéciale. Bien qu’il puisse être difficile de capter de telles réflexions personnelles sur papier, je suis reconnaissante de leur volonté de partager leur histoire.

Photo : Chute d’eau en pente et ruisseau (2017)
La propriété Fletcher-Jamison
Située dans le canton de South Frontenac, cette forêt qui s’étend sur près de 40 hectares (100 acres) constitue une partie essentielle de la réserve de biosphère de l’Arche de Frontenac et englobe la rive sud du lac Bulls Eye, une baie tranquille rattachée au lac Sydenham. La servitude de conservation sur ce bien assure la protection, l’entretien, la restauration et l’amélioration à long terme des diverses caractéristiques naturelles de la propriété, tout en empêchant les activités qui pourraient endommager ces écosystèmes sensibles.
L’importance provinciale de la propriété réside dans sa riche valeur écologique : elle soutient des espèces rares, des forêts matures et une diversité d’habitats, tout en bordant à la fois un important plan d’eau et le milieu humide d’importance provinciale d’Eel Bay-Sydenham Lake. Ses terres humides et boisées non perturbées constituent un habitat de transit important pour de nombreuses espèces sensibles.
La Fiducie joue un rôle actif en examinant toute modification proposée au bien, en en discutant et en assurant une surveillance périodique sur place. L’intendance est renforcée grâce à un partenariat avec la Land Conservancy for Kingston, Frontenac, Lennox and Addington (KFLA). Son équipe bien informée de naturalistes appuie la servitude en recueillant des données écologiques, en effectuant des inventaires de la flore et de la faune et en surveillant les changements, les empiétements et les risques, comme les espèces envahissantes ou autres perturbations.
Ensemble, cet accord, ainsi qu’une servitude existante de la Fiducie sur la rive nord du lac, sécurise l’ensemble du littoral du lac Bulls Eye. En protégeant ce site, la Fiducie maintient un lien écologique clé au sein d’un vaste réseau de terres conservées, ce qui contribue au maintien de l’intégrité et de la résilience des systèmes naturels dans cette région de la province.
Tout au long de notre conversation, vous remarquerez à quel point la servitude reflète solidement les désirs des propriétaires de protéger la propriété qu’ils chérissent.

Ed et Heather au moment de la signature des documents de servitude, septembre 2025
Catherine Wisniowski : Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré vers l’idée d’une servitude de conservation pour votre propriété?
Ed Fletcher et Heather Jamison : Nous étions attirés par l’idée parce que le père d’Ed, Larry, avait discuté avec M. Covington, un de ses voisins, de la servitude que cette autre famille avait l’intention d’établir sur sa propriété, également en faisant appel à la Fiducie du patrimoine ontarien. Il voulait protéger le terrain qu’il possédait et nous avons eu plusieurs conversations à ce sujet. Malheureusement, il est décédé avant le début du processus. Le jour de son décès et alors que nous étions chez les Covington pour célébrer la finalisation de la servitude établie sur leur propriété, nous avons commencé les démarches pour établir une servitude sur une partie de notre terrain. C’est un hommage au père d’Ed et, pour notre famille, c’est devenu une manière de le reconnaître et de souligner l’amour qu’il ressentait pour son terrain et son désir de le préserver pour les générations à venir.
CW : Que signifie « perpétuité » pour vous?
EF et HJ : « Perpétuité » signifie que la propriété et ses caractéristiques environnantes, y compris l’habitat riverain, seront à l’abri du développement et demeureront dans leur état naturel pour les prochaines générations. Ces caractéristiques uniques et la faune et la flore qu’on y trouve continueront d’y exister et prospéreront. Peut-être qu’à mesure que la région devient plus urbaine, les terres qui en font partie seront un endroit qui conviendra davantage aux animaux déplacés que l’espace sous la terrasse de quelqu’un, à manger des ordures! Ce sera un endroit où la nature pourra rester sauvage.
CW : Si vous pouviez en nommer une seule, quelle est, selon vous, la caractéristique la plus importante de votre propriété qui sera protégée?
EF et HJ : Il est difficile de ne nommer qu’une seule caractéristique favorite. Il y a beaucoup d’aspects importants, comme le grand nombre de variétés de fougères, les buses à épaulettes et les formations géologiques qu’on y trouve. Parfois, il s’agit simplement du fait de pouvoir se promener jusqu’au fond de la propriété et de se réjouir du calme profond qui y règne, d’être émerveillé par la façon dont tout cela a évolué, d’être inspiré par la nature qui nous entoure et d’être touché par la vue et les sons des insectes, des animaux et des oiseaux.
CW : Qu’est-ce qui vous attire vers la propriété (un endroit, un arbre ou une formation en particulier)? Pourquoi?
EF : La cascade en pente. Outre le fait qu’elle crée une ambiance différente chaque fois qu’on s’y rend, c’est un endroit qui était l’un des préférés de mon père.
HJ : Il y a des sections de forêt ancienne où la taille des arbres laissés intacts est assez époustouflante.
CW : Y a-t-il une espèce que vous vous rappelez avoir vu plus souvent dans le passé qui a disparu depuis ou qui est moins fréquente aujourd’hui?
EF et HJ : Parmi les espèces qui étaient plus nombreuses, je me souviens des trilles, de l’ail doux et des poireaux. Au cours des quelques dernières années, les précipitations dans la région semblent avoir diminué et les vents hivernaux semblent plus forts, causant des dommages plus importants aux arbres. Nous percevons aussi une diminution de la densité de la forêt.
CW : Il y a un rivage et un lac qui bordent la propriété. Qu’est-ce qui rend cette partie aquatique si spéciale pour vous?
EF et HJ : Le lac est spécial pour nous parce qu’il s’apparente à un lac de kettle (c’est-à-dire qu’au milieu, sa profondeur est de 40 pieds, et que ses côtés sont abrupts). C’est un lac merveilleux dans lequel nager. L’accès au lac est à l’écart et étroit, ce qui limite son accessibilité et les dommages causés par des bateaux rapides, des motomarines et des skieurs nautiques. Les eaux tranquilles et non perturbées offrent des zones de frai le long des rives végétalisées et on y trouve des îles. Les milieux aquatiques et riverains sensibles sont un carrefour où la faune s’épanouit.
CW : Y a-t-il d’autres histoires ou faits intéressants à propos de la propriété?
EF et HJ : Au XIXe siècle, cette région a été fortement exploitée pour son bois et minée pour son mica et feldspath. Or, il n’y a jamais eu d’extraction minière à l’intérieur des limites de notre propriété. Mais de l’activité minière s’est déroulée sur des terres adjacentes, et une certaine exploration a bel et bien eu lieu. En raison des crêtes accidentées, l’exploitation forestière y était trop difficile et n’était pas économique. Même certaines espèces d’arbres recherchées comme le bouleau jaune n’ont pas été récoltées à l’époque. Aujourd’hui, certaines parties où l’on trouve des forêts anciennes perdurent — des pins blancs et un énorme chêne à gros fruits.
CW : À votre avis, pourquoi est-il si important que les propriétaires fonciers privés envisagent la protection par l’établissement de servitudes de conservation?
EF et HJ : Dans un monde de croissance urbaine et de développement axé sur le profit, il est extrêmement important de préserver et de protéger autant de propriétés uniques que possible. Les générations actuelles et futures doivent comprendre à quel point nous sommes interconnectés et comment notre survie dépend de ces environnements.

De gauche à droite : Paul Mackenzie (conservation des terres pour la KFLA), Sammy Bayefsky (la fiducie), Catherine Wisniowski (la fiducie), Heather Jamison, Ed Fletcher, Jamie Joudrey (la fiducie) et Chris Cannon (conservation des terres pour la KFLA), septembre 2025.
Regard vers l’avenir
Pour Ed et Heather, il est évident que leur terre a toujours été une source d’émerveillement et de joie. La servitude de conservation est une mesure de sauvegarde qui garantit que l’histoire de la terre continuera d’évoluer. Ed et Heather continuent de transmettre leur profonde compréhension de la beauté de la nature et de la partager avec leur famille.
Alors, que se passera-t-il ensuite? La Fiducie du patrimoine ontarien — en partenariat avec Ed et Heather et son partenaire local de surveillance, le Land Conservancy for Kingston, Frontenac, Lennox and Addington — se concentrera sur les activités d’intendance, la surveillance et bien plus encore. Ces efforts viseront à maintenir le territoire dans un état naturel et sauvage tout en protégeant l’habitat essentiel des espèces en péril présentes sur le territoire. Ces mesures contribueront également à la protection de l’écosystème environnant plus étendu.
Merci, Ed et Heather, pour votre inspiration, votre dévouement et, surtout, pour la confiance que vous nous faites alors que nous nous préparons à protéger cette propriété remarquable à perpétuité.














